Le féminisme « qui va trop loin », les fameux excès du féminisme. Quels excès exactement ? Ca n’est jamais clairement précisé. Le féminisme, combien de morts et de blessés en plus de 150 ans du mouvement?
A chaque fois qu’une nouvelle revendication, qu’un nouveau combat a été lancé par les féministes, elles ont été qualifiées d’excessives.
Le droit des femmes à faire des études supérieures? (médecine etc) Excessif, contraire à la nature profonde des femmes. Le droit de vote? Excessif, les suffragettes insultées, ridiculisées, violentées, nourries de force quand elles faisaient la grève de la faim. L’avortement? Excessif. La dénonciation des violences sexuelles masculines par #metoo après des millénaires de viols et de harcèlement sexuel sous omerta? Excessif.
Raphaël Enthoven, dans le Point de cette semaine, reprend la dénonciation rituelle des excès du féminisme; selon lui, les féministes seraient des censeuses qui « feraient commerce de leur indignation ».
S’il y a quelqu’un qui fait commerce de son indignation–et même qui en vit très bien, vu sa profession de chroniqueur et journaliste chouchou du lectorat de droite–c’est bien Enthoven lui-même.
Contrairement à lui, les féministes ne retirent aucun avantage matériel de leur indignation—qui leur vaut surtout d’être la cible de harcèlement et de menaces en ligne incessantes.
Comble de mauvaise foi, il accuse ces insupportables minorités d’être des « plaintifs ». Euh, lorsque Mr. Enthoven déplore répétitivement les dérives féministes, son morceau de bravoure, son dada sur lequel il revient obsessionnellement (Enthoven est devenu, sur la dénonciation du féminisme ce que Zemmour est sur la dénonciation de l’immigration), que fait-il exactement sinon se spécialiser dans la plainte?
Les sanglots longs (en Anglais « male tears » ) de Mr. Enthoven face à chaque manifestation–aussi modeste soit-elle–d’autonomie féminine sont devenus la bande-son du féminisme français. Presque chaque semaine, Mr. Enthoven se plaint que les féministes se plaignent. Mais bien évidemment une plainte masculine, c’est viril, c’est libre et courageux, tandis qu’une plainte féminine, c’est pathétique et censoriel.
Si l’on ne vous dit pas que votre féminisme va trop loin,c’est qu’il ne va pas assez loin.

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