L’argument néo-libéral du choix (de se voiler, de se prostituer, d’être excisée etc) est d’une absurdité évidente si l’on réfléchit une minute.
On ne peut parler de choix que si le fait de refuser ce qui est présenté comme un choix n’est pas puni d’une façon ou d’une autre par la société.
Une femme qui refuse de porter le voile peut être tuée, emprisonnée, agressée, menacée, stigmatisée et/ou rejetée par son groupe d’appartenance comme impie, impure et dévergondée.
Si une femme rejette l’excision pour sa fille, celle-ci sera vue socialement comme impure et dévergondée, et ne pourra trouver à se marier.
Si le fait de refuser une pratique entraîne une sanction, quelle qu’elle soit, il ne peut y avoir libre choix–il s’agit alors d’une obligation voire d’une contrainte.
Par définition, ce qui est prescrit aux femmes et imposé par la pression sociale et/ou la violence, ne peut être librement choisi.
Ceux qui ont le choix– car libres de toute contrainte, sauf des normes de virilité qu’ils s’imposent à eux-mêmes comme conditions de leur dominance– ce sont les dominants; ce sont eux qui décident d’imposer telle ou telle pratique ou comportement aux femmes, habituellement dans le but de renforcer leur subordination: ce ne sont pas les femmes qui ont inventé le voile, l’excision, ou les pieds bandés.
Quand des femmes se soumettent à ce qui leur est imposé par ceux qui les dominent, elles ne choisissent pas, elles consentent.
Donner son consentement implique qu’on ne choisisse pas soi-même. Dans une société patriarcale, ce sont les hommes qui choisissent, c’est à eux qu’appartient le droit de prendre des décisions qui concernent les femmes à leur place (comme l’interdiction de l’avortement, passée par des parlements où les femmes sont très minoritaires).
Le consentement–terme surtout utilisé pour des femmes, on parle rarement de consentement masculin à quoi que soit–implique que la personne qui consent à ce qui lui est proposé ou imposé est dans une relation inégalitaire par rapport à la personne qui obtient (lui extorque?) son consentement.
Le consentement est le contraire du choix, celui qui consent à la volonté d’un autre, est par définition privé par l’autre du pouvoir d’exprimer sa propre volonté.
Toute utilisation du mot « choix » au sujet d’une personne appartenant à une catégorie dominée est par définition suspecte. Pourtant, c’est presque toujours du (faux) choix des catégories dominées dont on parle–et jamais du choix des dominants, pourtant les seuls qui sont dans une situation où ils disposent des moyens matériels de décider en toute liberté.
L’utilisation du mot « choix » dans ce contexte révèle seulement que la contrainte, au lieu d’être externe donc identifiée comme telle par la personne qui la subit, a été internalisée et de ce fait lui est devenue invisible.
L’internalisation de la contrainte revenant toujours essentiellement à prétendre « se soumettre librement »–ce qui est un oxymore. Comme le disait John Stuart Mill, on ne saurait être libre de ne pas être libre.