Ce texte est-il extrait d’une allocution de Ludivine de la Rochère prenant la parole dans un meeting catho tradi contre la PMA? « Je tiens la famille pour un endroit, un moment, un environnement où l’on rit et se parle et se confie plus que n’importe où ailleurs, où l’on a les mêmes victoires, les mêmes défaites; la famille est un endroit où la race humaine semble plus belle, plus noble et fragile, élevant une communauté au-dessus de la fange… »

Raté, en fait c’est extrait de « La Maison  » le livre d’Emma Becker qui fait le buzz en ce moment.

Le problème avec Emma Becker, c’est qu’elle n’a aucune analyse politique de la famille comme lieu de violences et d’exploitation patriarcale des femmes, ni par conséquent d’analyse du bordel en tant qu’autre lieu de cette même exploitation/oppression patriarcale des femmes, ni des rapports de force qui régissent les interactions entre les sexes, ni en général ne perçoit comment les rapports d’exploitation et de domination-soumission structurent toute la société.

Elle est dans l’émotion, dans la traduction littéraire de l’émotion, dans le psychologisme/individualisme myope qui empêche de voir la dimension systémique, elle n’a pas de distance critique, pas de réflexion propre, elle est littéralement pensée par les autres, simplement traversée par une pensée collective faite de stéréotypes et de poncifs.

Et des poncifs, elle n’en rate pas un : « la prostituée heureuse », les pulsions masculines irrépressibles, la prostituée-psychologue, la prostitution indispensable à la collectivité, le client pauvre type paumé qui trouve un peu de bonheur dans les bras des prostituées, la « putain au grand coeur »..

Car ces femmes qui oeuvrent « avec leur chair et leur infinie patience pour le bien des individus qui composent cette société… s’oublient elles mêmes par définition… »
C’est dégoulinant de sentimentalité-guimauve, ce sacrifice masochiste de la prostituée qui offre son corps à des hommes qui la dégoûtent. Emma Becker, c’est Harlequin au bordel, une midinette porno qui met un petit coeur sur le i de Justine, son pseudo de « travailleuse du sexe ».
Elle le dit à plusieurs reprises: si les prostituées sont des vraies femmes, c’est parce qu’elles sont au service des hommes–la féminité, c’est le masochisme et le servage.

« La Maison » sert au moins à rappeler qu’être du côté de la prostitution, ce n’est ni transgressif ni révolutionnaire, c’est au contraire parfaitement conformiste et traditionaliste, c’est être complètement du côté du pouvoir. La maman et la putain sont les deux faces complémentaires de l’institution patriarcale, et défendre le droit immémorial des hommes d’acheter du sexe, ce n’est pas être contestataire, c’est être du côté du puritanisme bourgeois, de l’ordre moral et de la domination masculine.
On dit souvent que les malfrats, ces capitalistes de l’économie parallèle, sont par définition de droite, apparemment les « prostituées heureuses » aussi.

 

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