Au cours de l’histoire humaine, la misogynie a été ce que l’historien de l’holocauste Daniel Goldhagen a nommé (en référence à l’antisémitisme) le « sens commun » de l’humanité. C’était un préjugé trop évident pour qu’on le remarque.

Dans différentes civilisations, à différentes époques, l’observation historique montre qu’il était considéré comme parfaitement normal pour les hommes de condamner les femmes, ou d’exprimer leur dégoût explicite envers elles simplement parce qu’elles étaient des femmes Toutes les grandes religions du monde et les philosophes les plus renommés ont vu les femmes avec mépris et une méfiance parfois proche d’un délire paranoïaque.

Durant l’âge classique, quand les femmes athéniennes étaient contraintes à rester enfermées chez elles pendant la plus grande partie de leur vie, ou vers la fin du Moyen-âge, quand les femmes étaient brûlées vives comme sorcières, ces persécutions n’étaient pas vues comme la conséquence d’un préjugé misogyne, bien que ces deux sociétés aient eu une longue tradition de dénigrement et de diabolisation des femmes. Un préjugé peut exister pendant longtemps avant qu’il ait un nom.

Aujourd’hui, dans de nombreuses parties du monde, des pratiques telles que le voile, la réclusion et l’excision sont toujours acceptées comme le sens commun de la société.

Selon le Humphrey Institute of Public Affairs, les femmes détiennent moins de 1% des propriétés dans le monde, l’UNICEF rapporte que, sur les 120 millions d’enfants dans le monde qui ne sont pas scolarisés, la vaste majorité sont des filles. En Inde, pratiquement tous les foetus avortés sont de sexe féminin.

Ce que l’histoire nous enseigne sur la misogynie, c’est qu’elle est omniprésente, persistante, pernicieuse et multiforme. Bien avant que les hommes aient inventé la roue, ils ont inventé la misogynie, et aujourd’hui, alors que des engins inventés par l’être humain roulent sur la planète Mars, cette invention immémoriale détruit encore des vies.

Aucun autre préjugé n’a été aussi durable, aucune « race » n’a souffert de traitements aussi préjudiciables pendant une période aussi longue, aucun groupe d’individus n’a subi autant de discriminations à une échelle aussi globale.

Aucun autre préjugé ne s’est manifesté sous des formes aussi différentes, apparaissant parfois avec la sanction de la société sous la forme de discriminations sociales et politiques, et parfois se manifestant dans le cerveau tourmenté de psychopathes. Et très peu ont été aussi destructeurs.

Dans le cas de la misogynie, si nous avons été si longtemps incapables de la voir, c’est parce qu’elle était partout sous nos yeux. »

Pour illustrer cette affirmation, l’auteur évoque le cas d’un serial killer (de femmes bien sûr, les serial killers ne tuent habituellement que des femmes, et ce sont presque toujours des hommes). Cet homme, Gary Ridgeway, a tué 48 femmes en 20 ans, surtout des femmes prostituées.

S’il avait tué des Juifs ou des Afro-Américains, ses meurtres auraient été identifiés comme racistes, « on aurait discuté l’état des relations inter-raciales aux Etats-Unis. Mais les actions de tueurs de masse comme Ridgeway ou Jack l’éventreur sont habituellement vues comme relevant de la psychiatrie.
Leur besoin de tuer des femmes est vu comme une aberration individuelle–alors qu’il est simplement l’intensification d’un préjugé commun. »

(« A Brief History of Misogyny », Jack Holland; traduction Francine Sporenda)