SI LA PROSTITUTION ETAIT UN TRAVAIL COMME UN AUTRE…

Si la prostitution était « un travail comme un autre »…

– il y aurait des IUT qui feraient passer des examens et délivreraient des diplômes de prostitution, et où des professeur-es donneraient des cours de fellation, de psychologie du client, de proxénétisme etc.

– Pôle emploi publierait des annonces de bordels et de salons de massage, et toute femme qui refuserait un tel job verrait ses indemnités de chômage réduites ou supprimées.

– il n’y aurait pas besoin de recourir à la violence et à la traite pour recruter des personnes prostituées.

– dans la mesure où ce sont des comportements punis par la loi, les femmes en prostitution pourraient déposer plainte contre les clients en cas de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle.

– les femmes prostituées enregistrées légalement auraient droit à des congés payés, 35 heures par semaine, heures sups payées, mois double, etc.

– l’entrée en prostitution ne se ferait pas à l’âge moyen de 13/14 ans: la loi interdit le travail des enfants dans toutes les professions.

– les clients n’exigeraient pas exclusivement des femmes très jeunes et jolies: on n’engage pas un plombier ou une comptable uniquement sur la base de sa jeunesse et de son apparence physique.

– il ne serait pas nécessaire d’accompagner les personnes voulant sortir de la prostitution par des aides financières et une prise en charge psychotraumatologique.

– le taux de mortalité des femmes en prostitution ne serait pas 40 fois ce qu’il est pour la population ordinaire.

– il n’y aurait pas besoin d’installer des « boutons d’urgence » dans les chambres des bordels pour que les femmes prostituées puissent donner l’alarme si un client devient violent.

– les « syndicats de travailleur-euses du sexe » organiseraient des manifestations et des grèves contre leurs patrons, c’est-à-dire contre les propriétaires de bordels et de salons de massage et autres proxénètes. A ma connaissance, ça ne s’est jamais produit nulle part.
Parce que ces syndicats ne défendent pas les « travailleur-euses du sexe », ils défendent la prostitution.

LA PUTAIN RESPECTUEUSE

Ce texte est-il extrait d’une allocution de Ludivine de la Rochère prenant la parole dans un meeting catho tradi contre la PMA? « Je tiens la famille pour un endroit, un moment, un environnement où l’on rit et se parle et se confie plus que n’importe où ailleurs, où l’on a les mêmes victoires, les mêmes défaites; la famille est un endroit où la race humaine semble plus belle, plus noble et fragile, élevant une communauté au-dessus de la fange… »

Raté, en fait c’est extrait de « La Maison  » le livre d’Emma Becker qui fait le buzz en ce moment.

Le problème avec Emma Becker, c’est qu’elle n’a aucune analyse politique de la famille comme lieu de violences et d’exploitation patriarcale des femmes, ni par conséquent d’analyse du bordel en tant qu’autre lieu de cette même exploitation/oppression patriarcale des femmes, ni des rapports de force qui régissent les interactions entre les sexes, ni en général ne perçoit comment les rapports d’exploitation et de domination-soumission structurent toute la société.

Elle est dans l’émotion, dans la traduction littéraire de l’émotion, dans le psychologisme/individualisme myope qui empêche de voir la dimension systémique, elle n’a pas de distance critique, pas de réflexion propre, elle est littéralement pensée par les autres, simplement traversée par une pensée collective faite de stéréotypes et de poncifs.

Et des poncifs, elle n’en rate pas un : « la prostituée heureuse », les pulsions masculines irrépressibles, la prostituée-psychologue, la prostitution indispensable à la collectivité, le client pauvre type paumé qui trouve un peu de bonheur dans les bras des prostituées, la « putain au grand coeur »..

Car ces femmes qui oeuvrent « avec leur chair et leur infinie patience pour le bien des individus qui composent cette société… s’oublient elles mêmes par définition… »
C’est dégoulinant de sentimentalité-guimauve, ce sacrifice masochiste de la prostituée qui offre son corps à des hommes qui la dégoûtent. Emma Becker, c’est Harlequin au bordel, une midinette porno qui met un petit coeur sur le i de Justine, son pseudo de « travailleuse du sexe ».
Elle le dit à plusieurs reprises: si les prostituées sont des vraies femmes, c’est parce qu’elles sont au service des hommes–la féminité, c’est le masochisme et le servage.

« La Maison » sert au moins à rappeler qu’être du côté de la prostitution, ce n’est ni transgressif ni révolutionnaire, c’est au contraire parfaitement conformiste et traditionaliste, c’est être complètement du côté du pouvoir. La maman et la putain sont les deux faces complémentaires de l’institution patriarcale, et défendre le droit immémorial des hommes d’acheter du sexe, ce n’est pas être contestataire, c’est être du côté du puritanisme bourgeois, de l’ordre moral et de la domination masculine.
On dit souvent que les malfrats, ces capitalistes de l’économie parallèle, sont par définition de droite, apparemment les « prostituées heureuses » aussi.

 

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C’EST LA FAUTE DU CAPITALISME!

Sur Facebook, une jeune femme affirme que l’oppression que subissent les femmes est purement une oppression de classe. Selon elle, quand on vivra dans une société sans classes, les femmes ne seront plus opprimées, donc inutile de perdre votre temps avec le féminisme, militez dans un mouvement marxiste.
Pour une analyse approfondie de l’économie domestique et du travail gratuit des femmes sur laquelle elle repose, je renvoie aux livres de Christine Delphy, en particulier le dernier, « L’exploitation domestique ».
Mais même sans lire ces livres de référence, de simples considérations d’évidence permettent de réfuter cette thèse absurde.

Est-ce que c’est le capitalisme qui a inventé le viol,  le harcèlement sexuel,  les violences conjugales, l’inceste, la pédophilie, l’excision, les mariages forcés, les maternités contraintes, la prostitution, etc.?

Est-ce seulement depuis que le capitalisme existe que les femmes sont exclues des postes décisionnels politiques et économiques, que les tâches de soin aux autres les  plus ingrates et répétitives leur sont réservées et que leurs rémunérations sont inférieures à celles des hommes?

Est-ce à cause du capitalisme que le travail qu’elles fournissent pour les taches domestiques, le soin des enfants, la charge mentale, le travail reproductif, le travail émotionnel et le service sexuel dans le couple hétérosexuel etc. ne leur est pas payé? Est-ce pour le capitalisme qu’elles font les courses,  cuisinent, lavent les vêtements, repassent, passent l’aspirateur, ont des rapports sexuels qui ne leur procurent pas de plaisir? (certes, le capitalisme qui a besoin d’une force de travail en bonne santé en bénéficie indirectement).

Bien sûr que non, toutes ces violences, ces discriminations et cette exploitation existent depuis des millénaires. Le capitalisme les accentue–mais il n’est lui même, dans sa démarche d’exploitation universelle, vampirique et destructrice de la planète, qu’une expression moderne et exacerbée du patriarcat. La première et la dernière ressource exploitée par ce système, c’est les femmes. C’est elles qui sont historiquement la première catégorie dominée, et des historien-nes voient dans le servage des femmes qui fonde l’institution du couple hétérosexuel (entretien assuré contre travail non rémunéré) le modèle de cet autre très ancien système d’exploitation, l’esclavage.

Le corollaire de ce postulat de l’exploitation des femmes comme pur phénomène de classe, c’est–comme le propose cette jeune marxiste– qu’on peut laisser tomber le féminisme car les partis et les hommes de gauche se chargeront de notre libération. Autre aberration, au cours de l’histoire, la gauche et les syndicats se sont presque toujours opposés farouchement au progrès des droits des femmes: en France, le Parti communiste s’est opposé pendant des décennies à l’avortement,  à la pilule –dangereuse invention du capitalisme américain–et bien sûr, au féminisme–mouvement de bourgeoises privilégiées–et il n’est pas clair que ça ait beaucoup changé. Mais bien sûr, on imagine bien pourquoi les hommes seraient ravis que les femmes se déchargent de la responsabilité de leur émancipation sur eux et se désintéressent du féminisme…
#nemeliberepasjemencharge

TERRORISME ISLAMISTE ET TERRORISME PATRIARCAL: quelles morts sont prioritaires?

Nombre de victimes du terrorisme islamiste en France de 2012 à 2017: 251.
Nombre de victimes du terrorisme masculin (femmes tuées par leur conjoint en France durant la même période): 825 (chiffre probablement sous-estimé) http://www.slate.fr/story/175698/chiffres-feminicides-statistiques-une-femme-deux-trois-jours-definition-couple-variations
 
Budget alloué à la lutte contre le terrorisme islamiste: 1,77 milliards d’Euros
Budget alloué à la lutte contre le terrorisme masculin: 79 millions d’Euros
 
On voit quelles sont les priorités. La lutte anti-terroriste est infiniment plus importante aux yeux des gouvernements patriarcaux parce que:
 
– les hommes sont victimes des attentats terroristes
– le terrorisme est un affrontement entre bandes de mâles, la guerre archaïque d’un patriarcat contre un autre pour le contrôle d’un territoire (et des femelles): « on est chez nous! » scandent les militants du RN. Les hommes du néo-patriarcat occidental ne peuvent pas tolérer que des mâles d’un patriarcat rival viennent les défier « chez eux » et menacent leur droit sur leur territoire: castration symbolique, atteinte majeure à leur virilité.

CHOIX OU CONSENTEMENT?

L’argument néo-libéral du choix (de se voiler, de se prostituer, d’être excisée etc) est d’une absurdité évidente si l’on réfléchit une minute.
On ne peut parler de choix que si le fait de refuser ce qui est présenté comme un choix n’est pas puni d’une façon ou d’une autre par la société.
Une femme qui refuse de porter le voile peut être tuée, emprisonnée, agressée, menacée, stigmatisée et/ou rejetée par son groupe d’appartenance comme impie, impure et dévergondée.
Si une femme rejette l’excision pour sa fille, celle-ci sera vue socialement comme impure et dévergondée, et ne pourra trouver à se marier.
Si le fait de refuser une pratique entraîne une sanction, quelle qu’elle soit, il ne peut y avoir libre choix–il s’agit alors d’une obligation voire d’une contrainte.
Par définition, ce qui est prescrit aux femmes et imposé par la pression sociale et/ou la violence, ne peut être librement choisi.
Ceux qui ont le choix– car libres de toute contrainte, sauf des normes de virilité qu’ils s’imposent à eux-mêmes comme conditions de leur dominance– ce sont les dominants; ce sont eux qui décident d’imposer telle ou telle pratique ou comportement aux femmes, habituellement dans le but de renforcer leur subordination: ce ne sont pas les femmes qui ont inventé le voile, l’excision, ou les pieds bandés.
Quand des femmes se soumettent à ce qui leur est imposé par ceux qui les dominent, elles ne choisissent pas, elles consentent.
Donner son consentement implique qu’on ne choisisse pas soi-même. Dans une société patriarcale, ce sont les hommes qui choisissent, c’est à eux qu’appartient le droit de prendre des décisions qui concernent les femmes à leur place (comme l’interdiction de l’avortement, passée par des parlements où les femmes sont très minoritaires).
Le consentement–terme surtout utilisé pour des femmes, on parle rarement de consentement masculin à quoi que soit–implique que la personne qui consent à ce qui lui est proposé ou imposé est dans une relation inégalitaire par rapport à la personne qui obtient (lui extorque?) son consentement.
Le consentement est le contraire du choix, celui qui consent à la volonté d’un autre, est par définition privé par l’autre du pouvoir d’exprimer sa propre volonté.
Toute utilisation du mot « choix » au sujet d’une personne appartenant à une catégorie dominée est par définition suspecte. Pourtant, c’est presque toujours du (faux) choix des catégories dominées dont on parle–et jamais du choix des dominants, pourtant les seuls qui sont dans une situation où ils disposent des moyens matériels de décider en toute liberté.
L’utilisation du mot « choix » dans ce contexte révèle seulement que la contrainte, au lieu d’être externe donc identifiée comme telle par la personne qui la subit, a été internalisée et de ce fait lui est devenue invisible.
L’internalisation de la contrainte revenant toujours essentiellement à prétendre « se soumettre librement »–ce qui est un oxymore. Comme le disait John Stuart Mill, on ne saurait être libre de ne pas être libre.

POPULISME: LE RETOUR DES LEADERS VOYOUS

Je suis en train de faire des recherches sur les leaders populistes, dans le but d’écrire un texte sur les régressions des droits des femmes massives et multiformes qu’entraîne inévitablement l’arrivée de tels régimes au pouvoir.
Une chose me frappe: le fait que la quasi-totalité de ces leaders qui se posent en ardents défenseurs de la religion et des valeurs familiales traditionnelles ont en fait une vie privée complètement débridée, font des enfants avec une série d’épouses et de maîtresses, divorcent à répétition, vivent en concubinage, ont des relations sexuelles adultérines et/ou avec des prostituées (c’est le cas de Trump) etc. Toutes pratiques sévèrement interdites par l’église et pas vraiment cohérentes avec leur sacralisation de la famille « un papa une maman’. .
Et bien entendu, les femmes avec qui ils partagent leur vie sont toujours beaucoup plus jeunes qu’eux. C’est le cas de Salvini (20 ans de plus que sa dernière girlfriend), de Trump (24 ans de plus que Melania Trump), de Bolsonaro (28 ans de différence avec sa 3ème femme, 5 enfants avec 3 femmes différentes), de Boris Johnson (26 ans de différence avec sa nouvelle compagne) dont la vie privée agitée et les frasques sexuelles font régulièrement la une des tabloids (presse de caniveau) anglais. Ce matin, tous les médias britanniques rapportent que la police a dû intervenir au domicile de Johnson suite à une dispute violente avec son actuelle concubine Carrie Symonds.
Petit résumé de la vie privée de Boris Johnson: après un premier mariage, il trompe sa femme avec une nouvelle femme, divorce, épouse sa maîtresse alors qu’elle est enceinte de 8 mois, la trompe copieusement avec plusieurs femmes pendant qu’elle met au monde 4 enfants, a un 5ème enfant avec une de ses maitressses, divorce et vient récemment de se remettre en couple avec Carrie Symonds.
Et pourtant, les ultra-conservateurs et fondamentalistes religieux vénèrent et soutiennent inconditionnellement ces strongmen (hommes forts), misogynes, racistes, provocateurs et violents qui utilisent leur prestige pour multiplier les « conquêtes » féminines. Car ils se se cachent même pas pour se conduire comme des gorilles en rut, bien au contraire: leurs supporters ferment les yeux sur ces comportements très peu catholiques, ou même les admirent, comme preuve de la virilité virulente de leurs idoles. Et beaucoup de femmes les soutiennent aussi: 53% de femmes blanches ont voté pour Trump, alors même que les propos où il se vantait d’agresser sexuellement des femmes étaient repris partout dans les médias.

Ces pantins à la fois risibles et effrayants, grotesques figures de virilité simiesque, voyous hâbleurs bombant le torse et paradant fièrement leur harem de jeunes femmes, nous ramènent au type de leadership fasciste qui s’est répandu comme une traînée de poudre dans l’Europe des années 30: les peuples hypnotisés ont confié le gouvernement de leurs pays à des machistes sociopathes qui ont mené l’Europe à l’abîme. Car ce qui est au centre des idéologies populistes, c’est la même chose que ce qui a impulsé le triomphe du fascisme: le culte du chef et de la virilité toxique.
On dirait, à voir cette prolifération actuelle de leaders de style mussolinien, que nous sommes repartis pour un tour. Et ça, ça veut dire que le futur s’annonce sombre pour les droits des femmes.

Mariage, maternité: TRAVAIL GRATUIT CONTRE AMOUR

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Des femmes me disent: « il n’y a rien de plus beau que la famille et que les enfants ».
D’abord, non, il y a beaucoup de choses aussi belles, intéressantes, et enrichissantes que la famille et les enfants–voire plus–comme l’art,la culture, les sciences, la recherche, les voyages, certains jobs, et en général ce qui développe l’intelligence, le savoir et la créativité.
On peut considérer par exemple que faire une découverte scientifique qui permet de sauver des millions de vies, c’est « plus beau » que la famille et les enfants.
Ensuite, ce qui justifie pour les femmes le fait qu’elles donnent des dizaines d’heures de travail gratuit chaque semaine à leur famille et à leur conjoint, c’est (selon elles) l’amour. Le problème avec l’amour dans nos sociétés, c’est qu’il recouvre fréquemment une forme d’exploitation. Si vous fournissez 30 heures de travail gratuit par semaine en échange d’amour, ce n’est pas de l’amour, c’est de l’exploitation.
Aimer, c’est le contraire d’exploiter.
Enfin, si vous croyez que vous serez aimée et respectée si vous vous laissez exploiter ainsi, vous vous trompez: en fait c’est le contraire: vous serez plus ou moins secrètement méprisée par vos proches et par la société, traitée comme quantité négligeable, un meuble, une bonne poire, une domestique taillable et corvéable à merci. Et souvent abandonnée dans vos vieux jours, quand vous ne pourrez plus rendre les multiples services que vous rendiez.
Comme je l’ai déjà souligné, les « garces »–les femmes qui refusent de se laisser gruger par les hommes–s’en sortent beaucoup mieux, tant du point de vue de leurs rapports avec eux et avec la famille, que du point de vue financier. En plus du manque de dignité dégradant qu’il implique, le servage féminin en échange d’ « amour » est un marché de dupe.

 

LA SEXUALITE, C’EST LE VIOL?

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Les féministes connaissent ces statistiques: seuls 1/2% des viols aboutissent à une sanction pénale. Des féministes de la Seconde vague ont trouvé cette formule-choc: « le viol n’est pas interdit, il est régulé ». Mais cette formule-choc est encore trop faible–pendant des millénaires, le viol était en fait institutionnalisé. Pendant des millénaires, le viol des femmes et des enfants a été LA sexualité, la norme de la sexualité–et la quasi-totalité des actes sexuels étaient des viols:
– coutume du mariage arrangé par les parents, filles de 12/13 ans livrées lors de la nuit de noce à des hommes plus vieux qu’elles connaissaient à peine ou pas du tout. George Sand écrivait: « nous éduquons nos filles comme des saintes (éducation religieuse des filles par des nonnes), et nous les livrons (à leurs maris) comme des pouliches ». Mariage traditionnel tel que codifié par la loi et bénit par l’église = viol.
– devoir conjugal des femmes mariées envers des maris qu’elles n’avaient pas choisi, ou qui étaient abusifs et violents avec elles, ou tout simplement quand elles ne souhaitaient pas avoir des rapports sexuels = viol.
– prostitution des femmes (pauvres et vulnérables) légalement organisée par l’Etat et par l’église = viol.
– loi non écrite du droit de cuissage des maîtres sur les domestiques femmes, des patrons et contremaîtres sur les ouvrières, des propriétaires d’esclaves sur les esclaves de sexe féminin = viol.
– loi non-écrite du droit des vainqueurs de s’approprier les femmes des vaincus durant les guerres = viol
– droit non-écrit d’inceste des pères, grand-pères, oncles et frères sur les filles de leur famille = viol.
La sexualité des femmes s’est résumée au viol pendant des millénaires, et violer a été la preuve ultime de virilité pour les hommes pendant des millénaires.
Pour paraphraser la citation du socialiste (et très misogyne) Proud’hon: « la propriété, c’est le vol », on peut dire que la formule « la sexualité, c’est le viol » résume parfaitement la réalité concrète des rapports sexuels dans le monde depuis l’instauration du patriarcat.
Vu cette institutionnalisation généralisée du viol, comment s’étonner que seuls 1/2% des viols soient sanctionnés par la « justice des hommes » de nos jours?
Et pour de nombreuses femmes dans le monde, le viol reste encore la seule forme de « sexualité » qu’elles connaîtront jamais.

EST-CE QUE LE FEMINISME EST BON AUSSI POUR LES HOMMES?

C’est un argument typique du féminisme libéral: les hommes aussi auraient beaucoup à gagner du féminisme. Souvent il n’est même pas précisé ce qu’ils auraient à gagner; mais quand des précisions sont données, les avantages que les hommes retireraient du féminisme sont habituellement:

– pouvoir exprimer davantage leurs émotions, ne plus être vus comme dévirilisés s’ils les expriment: pouvoir pleurer sans être ridiculisé, pouvoir être empathique, altruiste et caring.

– avoir de ce fait de meilleures relations avec leurs proches, sortir de la pauvreté relationnelle masculine, être en particulier de meilleurs maris et de meilleurs pères.

– être débarrassés du stress de la virilité compétitive, avec tous les problèmes de santé que cela implique: addictions, maladies, accidents, mort précoce etc.

– être protégés de leur propre violence, et par conséquent ne plus être massivement victimes d’agressions masculines, comme ils le sont actuellement.

– être débarrassés de leurs responsabilités de soutiens financiers et protecteurs de leur famille.

Pour ce qui est de leurs responsabilités de soutien financier et de protecteur de leur famille, les hommes s’en sont déjà largement débarrassés: le nombre de familles mono-parentales (c’est à dire essentiellement de mères élevant leurs enfants seules, souvent sans soutien financier du père) et la diffusion du système de la garde alternée après séparation pour ne pas payer de pension en témoignent.

Pour les autres inconvénients de la virilité auxquels le féminisme permettrait de remédier: le refoulement de leurs émotions, les affects inhibés, d’où des relations superficielles et inauthentiques avec leur entourage, et le stress de la virilité compétitive, ce sont des pénalités qui sont la condition même de leur suprématie: le refoulement émotionnel est ce qui permet la maîtrise de soi, la distance et l’objectivité (apparente) indispensables à l’exercice de la domination. Un dominant qui pleure, s’apitoie, et se soucie des autres se conduit comme une femme–et n’est plus un dominant. La violence est identiquement l’instrument de premier et dernier recours de la domination masculine. Ces inconvénients de la virilité sont donc le revers de médaille du statut de dominant, et le prix à payer pour les nombreux privilèges liés à ce statut.

La différence fondamentale entre les inconvénients de la virilité et ceux qui pénalisent les membres de la classe de sexe « femmes » est que les hommes sont essentiellement victimes d’eux-mêmes: plus précisément de l’ impératif de virilité auquel ils se soumettent parce qu’il leur confère la domination. En ce qui concerne les femmes, les discriminations et les violences qu’elles subissent sont essentiellement le fait des hommes. Elles ne détiennent donc pas le pouvoir d’y remédier.

Tandis que les hommes détiennent le pouvoir de remédier aux aspects négatifs de la virilité–puisque l’impératif de virilité qui les stresse est leur propre création. Puisqu’ils ont ce pouvoir, et ne l’utilisent pas, serait-ce parce qu’ils savent très bien que les avantages de la virilité dépassent infiniment ses désavantages?

A noter que les féministes libérales qui tiennent ce discours du « féminisme bon pour les hommes » ont, comme les « Femmes de droite » analysées par Dworkin, une image très négative de ceux qu’elles veulent convaincre: si elles cherchent à les appâter en leur promettant que le féminisme va leur être profitable, n’est-ce pas parce qu’elles pensent que les hommes manquent irrémédiablement de sens moral? Et que le fait de soutenir le féminisme simplement parce qu’il est une question de justice envers les femmes et d’égalité des droits ne peut suffire à les motiver, et qu’on doit les attirer en leur faisant miroiter quelque chose de plus tangible, une récompense, un bonus: le fait qu’il peut servir leur intérêt?

En employant cet argument, les libfems dévoilent que leur démarche s’écarte intrinsèquement d’un des fondamentaux du féminisme: le centrage du féminisme sur les femmes. Contrairement à ce qui est la règle d’or dans les sociétés patriarcales, où par définition les hommes sont plus importants que les femmes, celles-ci devant toujours leur donner la priorité et les servir en oubliant de s’occuper d’elles, on reconnait les libfems à ce que leurs arguments opèrent un recentrage constant sur les intérêts masculins–qu’il s’agisse de sexualité dans le discours « sex positive », de NAMALT ou, comme ici, de leur santé et de leur bien-être.

Que le féminisme soit bon ou pas pour les hommes, ça ne doit pas préoccuper les féministes. Ce qui doit nous préoccuper, c’est qu’il soit bon pour nous. S’il s’avère qu’il peut aussi bénéficier aux hommes, tant mieux, mais CE N’EST PAS NOTRE PROBLEME.

Et il faudrait aussi arrêter–ne serait-ce que pour préserver un minimum de dignité–de croire que le féminisme consisterait à plaider patiemment notre cause avec les hommes, à quémander leur soutien, à les prier gentiment de changer et de cesser de nous violenter et de nous exploiter. Ce genre d’attitude est pitoyable de naïveté (et de servilité): personne n’a jamais convaincu les membres des classes dominantes de renoncer à leur domination en faisant appel à leurs bons sentiments.

Et enfin, cet argument du « féminisme bon pour les hommes » est totalement illogique: pour que les hommes puissent être convaincus de se rallier au féminisme parce que cela ferait d’eux des individus meilleurs, il faudrait d’abord qu’ils renoncent aux valeurs viriles et s’identifient aux valeurs féminines–empathie, care, authenticité émotionnelle, altruisme etc. Ce qui n’est pas le cas actuellement pour beaucoup d’hommes.
Aussi longtemps que les hommes s’identifient à des valeurs masculines: compétition, hiérarchie, instrumentalisation d’autrui, etc–le féminisme ne présente aucun intérêt pour eux–et ne peut pas être bon pour eux. Les libfems disent aux hommes: « vous serez plus heureux si vous devenez plus empathiques et plus altruistes ». Mais pour un homme qui adhère aux valeurs viriles, ce qui compte c’est de gagner et dominer, l’empathie et l’humanité sont des qualités féminines donc méprisées. L’argument des libfems est donc absurdement circulaire: en proposant que le féminisme est bon aussi pour les hommes, il suppose que le problème de l’adhésion masculine aux valeurs viriles soit déjà résolu: en quelque sorte, pour que les hommes soutiennent le féminisme, il faudrait qu’il soient devenus « idéologiquement » féminins.

BEAUTE, LA PRISON DES FEMMES

Les pratiques de beauté en général sont-elles nuisibles pour les femmes?
Ce qu’il y a de spécial dans l’oppression des femmes, c’est qu’elle est si universelle et si ancienne qu’elle est invisible. Et qu’en conséquence, la majorité des femmes ne savent même pas qu’elles sont opprimées et sont incapables d’identifier comme telles les pratiques mises en oeuvre pour les opprimer.
Exemple: discutant sur le statut que j’ai posté sur les codes de la féminité comme comportements de subordination, une intervenante me dit que les pratiques de beauté n’ont aucune conséquence sur notre place dans la société et que ce n’est pas parce qu’on porte les attributs traditionnels de la féminité (jupe, hauts talons , maquillage, etc.) qu’on est soumise aux hommes.
C’est hallucinant que ce lien entre codes de la féminité et subordination, fait par les féministes depuis le début du féminisme (par exemple, la dénonciation des corsets qui, au XIXème siècle, étouffaient les femmes, les faisaient s’évanouir et leur causaient des déformations diverses) ne saute pas aux yeux.
Oui, les pratiques de beauté imposées aux femmes sont des pratiques discriminantes et nuisibles –voire dangereuses– qui signalent et produisent leur subordination.
– d’abord, ce sont des pratiques discriminantes car presque uniquement exigées des femmes. Celles-ci dépensent d’énormes sommes d’argent pour leurs vêtements et chaussures, coupes de cheveux, etc –qui coûtent presque toujours plus que ceux des hommes. Et en traitements spécifiquement féminins: soins, colorations, épilation, institut de beauté, chirurgies esthétiques diverses, botox et injections, maquillage et produits anti-âge, lingerie sexy etc , tout aussi coûteux. Des féministes ont calculé que les sommes dépensées en moyenne par les femmes rien qu’en maquillage et produits de beauté sur toute une vie étaient de l’ordre de dizaines de milliers d’Euros. Les hommes, bien que gagnant plus que les femmes, sont dispensés de ces dépenses.
Vous dites: « personne n’oblige les femmes à se maquiller et à porter des chaussures à talons plats ». Vous avez essayé de décrocher un job sans maquillage, en talons plats, en jean? Vous avez fait l’expérience de vous pointer au travail dans cette tenue? Dans une boutique, un bureau, une université, une rédaction, un ministère… Les réactions vont de la désapprobation tacite au choc horrifié: refuser de se maquiller et de s’habiller de façon féminine, c’est reçu comme une déclaration d’insurrection contre l’ordre genré.
– de plus, les pratiques de beauté ont un lien avec la subordination des femmes parce qu’elles les affaiblissent physiquement et les vulnérabilsent: strings inconfortables, hauts talons avec lesquels on peut difficilement marcher, jupes serrées entravantes: comme les pieds bandés des Chinoises, ces pratiques réduisent notre liberté de mouvement, et en nous empêchant de bouger librement , elles nous livrent à d’éventuels prédateurs.
– d’autres pratiques sont carrément dangereuses pour la santé: des produits de beauté contiennent des substances toxiques (colorations, maquillages, botox) qui peuvent provoquer des allergies, on a vu que des implants mammaires provoquent le cancer, toutes les opérations de chirurgie esthétique sous anesthésie générale comportent un risque, les hauts talons endommagent l’ossature des pieds, les régimes peuvent provoquer des carences alimentaires voire conduire à l’anorexie, qui est une pathologie presque exclusivement féminine et la cause du décès d’un nombre non négligeable de jeunes filles.
– certaines de ces pratiques sont aussi douloureuses–épilation, injections, chirurgie esthétique. Les femmes sont censées s’y soumettre parce que la culture leur enseigne « qu’il faut souffrir pour être belle ». Le message est: « vous devez accepter la douleur pour plaire aux hommes ». Ce qui renforce les conditionnements  patriarcaux qui leur inculquent que c’est le devoir des femmes de souffrir et de se sacrifier pour eux..
– ces pratiques de beauté, en plus d’être un poste de dépenses important pour les femmes, sont aussi chronophages: calculez le nombre d’heures que vous avez passées à vous maquiller et à vous démaquiller, à vous épiler, à vous appliquer des crèmes et traitements divers, à vous faire faire des colorations, des lissages ou des brushings, etc. Autant d’heures que vous n’avez pas consacrées à vos études, votre carrière, vos projets, vos loisirs.
– elles font partie de ces occupations « typiquement féminines » auxquelles le patriarcat assigne traditionnellement les femmes, les tâches « féminines »–comme le ménage et la cuisine– se différenciant des activités masculines parce qu’elles sont triviales, invisibles et répétitives: on ne voit pas quand elles sont faites, on remarque seulement quand elles ne sont pas faites, elles sont sans fin car leur résultat n’est pas durable et elles doivent être recommencées tous les jours, elles sont triviales car elles ne produisent rien, :ce sont essentiellement des tâches de maintenance, tandis que les activités masculines sont vues comme relevant de la production/création–« les femmes ne produisent pas, elles reproduisent ».
Cette obligation d’assurer les tâches d’entretien et de soin assigne les femmes à l’immanence, à l’inessentiel: elles doivent renoncer à leur créativité propre pour fournir aux hommes le soutien logistique qui leur permet de produire/créer. Cantonnées à ce rôle logistique, elles sont invisibilisées: Nietzsche n’aurait pas pu écrire ses livres s’il n’avait pas eu à sa disposition des femmes pour lui faire la cuisine, le ménage, et laver son linge. Mais aussi indispensable qu’ait été le rôle de ces femmes pour l’écriture de ses livres, personne ne sait qui elles étaient.
– enfin, les pratiques de beauté suggérées ou imposées culturellement aux femmes leur rappellent constamment qu’elles sont imparfaites, qu’elles ne sont jamais assez bien, qu’elles doivent toujours chercher à s’améliorer, et avoir recours à des artifices divers pour se rendre présentables. Etre martelées constamment par le message qu’elles ne sont pas acceptables telles quelles et qu’elles doivent travailler leur physique: surveiller leur poids, cacher leurs cheveux blancs, ne jamais être vues sans maquillage, ne pas avoir de poils, de rides ni de cellulite–toutes obligations qui n’existent pas pour les hommes–renforce leur sentiment d’infériorité: si les hommes n’ont pas à modifier leur apparence naturelle, et les femmes si, ça implique que les hommes sont bien tels qu’ils sont, qu’il n’y a rien de défectueux à changer chez eux–mais que le physique des femmes est intrinsèquement défectueux et doit être corrigé.
– enfin, les pratiques de beauté font internaliser aux femmes la notion qu’elles vivent constamment sous le « male gaze », et qu’elle doivent modifier leur corps et leur comportement en fonction de ce regard masculin qui les juge et les définit. Les pratiques de beauté disent aux femmes qu’elles ne doivent pas être elles-mêmes mais ce que les hommes veulent qu’elles soient–et qu’en définitive, c’est l’opinion des hommes sur elles-mêmes qui compte–et pas la leur.