STRATEGIES PATRIARCALES: PICASSO OU COMMENT SABOTER UNE FEMME

 

Ce texte–qui s’inscrit aussi dans ma réflexion sur l’imposture patriarcale des « grands hommes »–ne traite pas d’histoire de l’art, qui n’est ici que la matière, le prétexte  de l’analyse féministe. Et si je me suis intéressée spécifiquement à la façon dont leurs partenaires masculins ont étouffé la créativité de femmes artistes, les ont empêché de peindre, voire les ont détruites, poussées à la dépression ou à la folie, la plupart de ces stratégies sont aussi applicables à des femmes « ordinaires ».  

PICASSO OU LES SEPT FEMMES DE BARBE-BLEUE

Quand j’ai commencé à me documenter au sujet des femmes artistes dont la créativité a été étouffée et les oeuvres éclipsées par les « grands artistes » masculins avec qui elles s’étaient mises en couple, j’ai été ramenée irrésistiblement à la personnalité écrasante (au sens littéral du terme) de Picasso: parmi les femmes qui avaient retenu mon attention –Jacqueline Lamba, Dorothea Tanning, Leonora Carrington, Dora Maar et Françoise Gilot- les deux dernières de cette liste ont été, pour Dora Maar, la compagne et muse du peintre de 1936 à 1943, et Françoise Gilot, qui lui a succédé, sa muse, compagne puis épouse de 1943 à 1952. 

C’est en découvrant la longue liste de ses épouses et concubines et en lisant les biographies de deux de ses compagnes que la figure de Barbe bleue, l’ogre féminicideur de contes de fées, s’est imposée à moi. » Picasso, l’homme qui croquait les femmes », on trouve cette formule sur le net à propos du peintre. On s’aperçoit en lisant les récits de ses ex-partenaires, qu’il faut davantage  prendre croquer » au sens de « broyer, manger, dévorer » qu’au sens de « dessiner ». D’ailleurs, Françoise Gilot dit elle-même qu’elle craignait d’ouvrir ses placards, de crainte d’y trouver une douzaine d’ex-épouses pendues.

Sept femmes (sans compter celles qui ont été de simples passades, muses et/ou maîtresses):

-Fernande Olivier, la femme de sa jeunesse à Montmartre, née la même année que  lui (1881-1966), qui fut sa compagne de 1904 à 1909 et qui posait pour les peintres du Bateau Lavoir. D’après certaines biographies, il l’aurait empêchée de sortir de leur appartement, cloitrée.

– Marcelle Humbert, aussi connue sous le nom d’Eva Gouel (1895-1915), également modèle, fiancée du peintre Louis Marcoussis ami de Picasso, qui  lui  prendra néanmoins sa femme–coucher avec les femmes de ses amis était une habitude chez lui. Leur vie commune va de 1912 à 1915, jusqu’à ce qu’elle décède de la typhoïde. 

– Olga Khokhlova (1891-1955), danseuse des Ballets russes de Serge Diaghilev, qui épousa Picasso à l’église orthodoxe rue Daru à Paris et dont les témoins de mariage étaient Jean Cocteau, Guillaume Apollinaire et Max Jacob. Très vite, les choses se gatèrent entre eux, et parce qu’il trouvait qu’elle « récriminait sans cesse », Picasso a raconté à Françoise Gilot « qu’il la traînait par les cheveux tout autour de l’appartement ». Mère d’un de ses fils, Paulo, elle aurait refusé de lui accorder le divorce quand il le demanda (d’autres biographes disent que c’est lui qui ne voulait pas). En tout cas, Picasso garda Olga en laisse jusqu’à la mort de celle-ci: incapable de se libérer de son emprise, elle entretint avec lui une étrange relation sado-maso où elle lui reprochait constamment les avanies qu’il lui infligeait mais était incapable de rompre définitivement avec lui. 

– Khokhlova fut détrônée par Marie-Thérèse Walter (1909-1977), qui fut la compagne du peintre de 1927 à 1935 et était mineure lorsqu’elle l’a rencontré en 1926. Discrète, simple et calme selon les biographes, il y a peu de choses à dire sur elle, sauf que c’était une belle femme blonde, aux traits réguliers et lisses, un des types féminins que Picasso semble affectioner. Battue elle aussi, elle a résumé en une formule saisissante le rapport du peintre aux femmes dans une conversation avec Pierre Cabanne: « d’abord il violait la femme, ensuite il la peignait ». Elle se suicidera par pendaison 4 ans après la mort de l’artiste.

– Elle fut remplacée par Dora Maar (1907-1997), photographe puis peintre, qui avait fait l’école des Arts décoratifs, étudié à l’académie Jullian, fréquentait le milieu surréaliste et de nombreux artistes et intellectuels–André Breton, Brassaï, Max Morise, Georges Bataille, Paul Eluard qui la présenta au peintre: une femme intelligente et cultivée avec qui, reconnaissait Picasso, on pouvait discuter. Elle le rencontre en 1936 et leur liaison dure jusqu’en 1943. Picasso la peindra souvent en « femme qui pleure »–et elle pleurait souvent, parce que le peintre lui fit avaler des  kilomètres de couleuvres. D’après des témoins, dont l’homme à tout faire de Picasso, Sabartès, leurs disputes étaient éruptives et il la battait. 

DETRUIRE DES FEMMES, PREUVE SUPREME DE VIRILITE

 Comme c’était une photographe de talent qui avait son propre studio et faisait de la photo de mode, d’art, des reportages etc., il la persuada d’abandonner la photographie et de s’essayer à la peinture–où évidemment elle n’avait aucune chance de lui faire de l’ombre. Elle se mit à peindre en imitant la manière cubiste de son compagnon et, découragée par le manque d’originalité de ses toiles, finit par cesser de peindre complètement.

Picasso a ainsi réussi à transformer une artiste belle, talentueuse et reconnue, qui vivait assez confortablement de la vente de ses photos, très lancée dans un milieu d’artistes et d’écrivains célèbres (dont elle fit des photos superbes), en une femme qui vivait recluse et solitaire dans son appartement, sans autre but dans la vie que d’attendre ses coups de fil. Coups de fil à propos desquels Françoise Gilot note que Maar ne savait jamais quand son compagnon allait l’appeler, mais qu’elle devait être toujours prête à le rejoindre dès qu’il appelait, comme un chien qu’on siffle.

Car c’est ça que recherchait Picasso dans ses liaisons: prendre une femme belle,  jeune, apparemment forte, souvent artiste, fière, indépendante, débordante de vie et de créativité, et se nourrir de sa vitalité, de sa jeunesse et de ses idées. Et une fois qu’il l’avait cannibalisée, pressée comme un citron, transformée en loque humaine à force de maltraitances, la quitter (sans cesser de la tourmenter) et passer à une autre pour recommencer le cycle: de muse à proie consommée et sadisée, pour finir en kleenex usagé. « Il y a deux sortes de femmes–disait-il–les déesses et les tapis-brosse ». Et ce dont ce magicien noir dérivait une jouissance perverse, c’était de transformer une déesse en tapis-brosse. Et après de la mépriser pour s’être laissé faire.

Quand Picasso la quitte, elle plongera dans une grave dépression nerveuse, qui entraînera son hospitalisation à Sainte-Anne, où elle sera brutalement traitée par électrochocs, puis le peintre la confiera aux bons soins de Jacques Lacan, son médecin traitant, qui la « soignera » par la psychanalyse: complicité des hommes pour gérer les femmes rendues « folles » « hystériques » par leurs violences, devenues encombrantes et sources d’ennui(s).

A noter que, pendant que Picasso continuait sa liaison avec Maar, il n’avait pas cessé de voir Marie-Thérèse Walter et débutait une nouvelle relation avec

– Françoise  Gilot (1921-), peintre, rencontrée en 1943 et avec qui il vécut jusqu’en 1951, qu’il épousa et avec qui il eut deux enfants, Paloma et Claude (selon Gilot, c’est lui qui insista lourdement pour la convaincre d’en avoir). Elle ne fut pas mieux traitée que les précédentes: dans une crise de colère, Picasso éteint sa cigarette sur son visage. Une première, ce fut elle qui le quitta, outrecuidance féminine qui enragea le minotaure: « aucune femme –disait-il–ne quitte un homme comme moi ».

– A qui a succédé Jacqueline Roque (1926-1986), la septième et dernière, l’épouse-infirmière de sa vieillesse, qu’il rencontre en 1952, épouse en 1961 et qui restera avec lui jusqu’à sa mort en 1973. Elle héritera de la plus grande partie des propriétés et tableaux du peintre, sombra dans la dépression et dans l’alcool et se suicidera par arme à feu. 

L’OGRE AIME LA CHAIR FRAICHE

Plus Picasso vieillit, plus ses femmes rajeunissent. Si Fernande Olivier avait le même âge que lui, ses deux dernières épouses, Françoise Gilot et Jacqueline Roques, avaient respectivement 40 ans et 45 ans de moins que lui. Roques avait 27 ans quand elle rencontre le peintre, alors âgé de 72 ans. 45 ans de différence, l’âge d’être son grand-père.

Picasso vampirise la jeunesse de ses compagnes, il se dit rajeuni par leur vitalité, leur santé, sa créativité s’en trouve  stimulée, il peint davantage, change sa façon de peindre à chaque nouvelle femme.  

Pourtant personne n’est choqué à l’époque par cette différence d’âge–en particulier pas le Parti communiste, dont Picasso était une figure prestigieuse–alors que la moité de cette différence d’âge entre Emmanuel  et Brigitte Macron suscite encore en 2021 des sarcasmes sans fin. De même, l’idéal féminin des surréalistes est clairement la femme-enfant–10, 15, 25 ans de différence, voire plus entre Max Ernst, André Breton, Paul Eluard, etc. et leurs compagnes. 

Différence de traitement qui permet de toucher du doigt ce qu’est le double standard dans une société patriarcale: un homme peut y épouser une femme d’âge à être sa petite-fille, sans que personne n’y trouve à redire ou même ne le remarque. Une même différence d’âge de 45 ans entre une femme plus vieille et un homme plus jeune serait encore de nos jours vue comme monstrueuse, et de tels couples sont une impossibilité sociale: Leonardo Di Caprio et Line Renaud ont 46 ans de différence, mais les imaginer mariés est tout simplement impensable. On parle d’agéisme, mais l’agéisme est un préjugé qui se conjugue presque toujours au féminin–c’est essentiellement une discrimination sexiste.

UN PERVERS NARCISSIQUE NE LACHE JAMAIS SA PROIE

Picasso ne rompait jamais complètement avec ses ex-compagnes, en bon narcissique, il ne renonçait jamais à l’emprise qu’il exerçait sur elles, et utilisait toutes sortes de moyens (son argent, ses relations, le poids de son prestige artistique) pour entretenir ce lien. Disposer d’une sorte de harem, composé au moins de la compagne sortante, de l’épouse en titre et de diverses postulantes à son remplacement, était pour lui une source d’intense jubilation, et rien ne le mettait plus en joie (sauf peut être les cotes fantastiques atteintes par ses tableaux) que de mettre ces femmes en compétition à coup de petites phrases perfides, de faire en sorte qu’elles rivalisent entre elles pour lui plaire et remplacer la favorite. Il est arrivé que deux de « ses » femmes se battent pour lui: quand Walter et Maar, se sont battues, empoignées, roulées par terre, ravi, il regardait la scène en souriant. Quand Maar a agressé Gilot, il l’a regardé faire en souriant.

Notez aussi que plusieurs de ces femmes se sont très mal tirées de cette emprise: deux suicides (Marie-Thérèse Walter et Jaqueline Roque), deux autres souffrant de dépression et/ou de troubles mentaux (Olga Khokhlova et Dora Maar) justifiant l’admission en hôpital psychiatrique pour Maar. 

Françoise Gilot dit : « Pablo avait une sorte de complexe de Barbe Bleue. Il rangeait toutes les femmes qu’il avait collectionnées dans son petit musée personnel. Mais il ne coupait pas les têtes tout à fait. Il préférait qu’un peu de vie demeure, que toutes continuent à pousser de petits cris de joie ou de douleur, à faire quelques gestes comme des poupées désarticulées, suffisamment pour prouver qu’elles avaient encore un souffle de vie suspendu à un fil dont il tenait une extrémité… Il ne pouvait supporter qu’aucune d’entre elles puisse jamais avoir une nouvelle vie et il lui fallait les maintenir dans son orbite ».

UNE HAINE FEROCE DES FEMMES

Picasso était un macho hyperbolique dont le sadisme extrême avec ses partenaires était connu dans les milieux artistiques et intellectuels–sans que cela émeuve outre mesure. Même ses amis le reconnaissaient; Jacqueline Lamba, amie de Dora Maar et du peintre, savait à quoi s’en tenir: « il était terrible avec ses femmes » dira-t-elle. 

Quelques unes de ses « pensées » sur les femmes:

« les femmes sont essentiellement des machines à souffrir »–le masochisme féminin, alibi des tortionnaires.

De sa fille Paloma: « ce sera une femme parfaite, passive et soumise ».

« Chaque fois que je change de femme, je devrais brûler la précédente ».

D’une ex: « je préfèrerais la savoir morte plutôt qu’heureuse avec un autre ».

A Gilot, qui songe à le quitter: « votre devoir est de rester près de moi, de vous consacrer à moi et aux enfants. Que cela vous rende heureuse ou malheureuse ne me concerne pas ».  

COMMENT ETOUFFER LA CREATIVITE D’UNE FEMME:

LES SURREALISTES: MUSE DE GRE OU DE FORCE

Faire de sa compagne sa muse. A priori, il peut paraître valorisant d’être la muse d’un grand artiste, sa source d’inspiration, le sujet principal de ses tableaux, la figure célébrée dans ses poèmes. Mais une muse est une créature qui n’existe pas, un fantasme idéalisé issu de l’imagination exaltée d’un artiste de sexe masculin qu’il projette sur sa maîtresse ou compagne du moment, avec obligation pour elle d’incarner ce fantasme, de se couler dans ce rôle, de coller à cette image, qu’elle le veuille ou non. Et donc de cesser d’être elle-même–une femme réelle, avec ses menues imperfections, sa carnalité génante, sa trivialité quotidienne- pour devenir fée, déesse, sirène, femme fatale ou geisha,  mais ne plus être autorisée à être banalement humaine–car ça casserait le fantasme.

Piédestalisation qui, même si apparemment flatteuse, devient vite contraignante voire étouffante: il n’est pas très gratifiant à la longue de n’être que le porte-manteau des fantasmes d’un artiste. Pas dupe, Jacqueline Lamba, peintre et muse d’André Breton, a parfaitement identifié qui est gagnant et qui est perdant dans la relation muse-artiste:  » Il me présentait à ses amis comme une naïade parce qu’il jugeait cela plus poétique que de me présenter comme un peintre en quête de travail. Il voyait en moi ce qu’il voulait voir mais en fait il ne me voyait pas réellement26. » (lors de sa rencontre avec Breton, Lamba gagnait sa vie comme « danseuse nue aquatique » dans une boite où elle nageait devant les spectateurs dans une sorte de grand aquarium). Lamba a fini par quitter Breton parce qu’elle  ne voulait pas « être une muse ni une ondine, elle veut juste être elle même ».  Comme dit encore Leonora Carrington à propos du leader surréaliste: « il voulait une muse. Quand une femme ne pouvait plus être ça, il se lassait d’elle. Il était amoureux de l’image et ne pouvait faire face à la réalité quotidienne ».Breton a eu une aventure avec Nadja (de son vrai nom Léona Delcourt) et a nourri son livre éponyme de sa personnalité et de sa folie qu’il a trouvées initialement mystérieuses et poétiques. A Nadja, femme imaginée, « âme errante », « génie libre », sirène, femme-enfant, incarnation vivante du merveilleux surréaliste, il a de nouveau assigné le rôle de muse. Puis les demandes de rendez-vous trop pressantes, les excentricités de Léona, la femme réelle, fragile et en grande précarité émotionnelle et économique, l’ont agaçé, lassé, apeuré. Il l’a fuie, évitée, sa folie n’était plus poétique mais angoissante. Mark Polizotto écrit même dans son livre sur Breton que, selon Théodore Fraenkel, membre du groupe surréaliste et médecin, son ami Breton lui aurait demandé de signer des papiers pour faire admettre Léona en hôpital psychiatrique, ce qu’il aurait refusé. Vieille habitude patriarcale (voir ci-dessus) que de déclarer folles les femmes désobéissantes et acrimonieuses qui compliquent la vie des hommes. Léona fut quand même admise à Sainte-Anne mais Breton ne lui rendit jamais visite–bien que le livre qu’il a nourri d’elle se soit très bien vendu. 

UNE ONDINE QUI FAIT LA CUISINE

Une muse doit faire réver. Mais paradoxalement, elle doit aussi libérer son compagnon de tous les tracas et corvées de la vie quotidienne, afin qu’il puisse se consacrer entièrement à son art, dégagé des basses contingences. André Breton, confortablement installé dans son statut de poète et penseur que ses ailes de géant empêchent de faire la vaisselle, se revendiquait totalement  inapte à gérer les mesquines préoccupations domestiques et laissait à sa femme Jacqueline  l’entière responsabilité des soins du ménage et de leur fille Aube. Celle-ci notait qu’ « André prétendait toujours trouver le diner prêt quand il rentrait à la maison, et quelles disputes à la vue de la table non mise! ». Lamba se rebellera rapidement contre cette esclavagisation ménagère et dira avoir quitté Breton « pour pouvoir peindre ».

Picasso se prétendant comme Breton « incapable de prendre la moindre décision pratique »–maladie mystérieuse frappant uniquement les artistes de sexe masculin–il a pareillement transformé Françoise Gilot en femme de ménage, secrétaire qui planifie son emploi du temps, agent artistique qui gère les galeristes et organise les expositions, psychologue qui remonte le moral du grand homme quand il est déprimé, comptable qui paye les factures,  et bien sûr mère de famille, s’appropriant sans rémunération–et bien que ses moyens aient été largement suffisants pour se payer une kyrielle de domestiques–son travail et la plus grande partie de son temps.

Vu ces multiples responsabilités, Gilot a peu de temps à consacrer à sa peinture, elle n’a pas le calme, la solitude et la concentration nécessaires pour peindre. Exiger d’elles qu’elle soient de parfaites mères et maîtresses de maison est un moyen éprouvé pour empêcher les femmes de réaliser leur potentiel. Avec en plus, pour les artistes, l’impossibilité qu’il y a, après la plus grande partie d’une journée consacrée à accomplir des tâches ennuyeuses et terre-à-terre, de se libérer de ces préoccupations plombantes et de recapturer la fantaisie et la légereté indispensables à l’exploration d’univers imaginaires. Picasso, Breton dans une moindre mesure, ont tout fait pour couper les ailes de leurs compagnes artistes.

 BAREFOOT AND PREGNANT (enceinte et pieds nus)

 Lui faire des enfants permet de la posséder plus complètement, de la rendre encore plus dépendante–une femme qui est mère de plusieurs enfants et ne travaille pas ne peut pas  partir. Et l’accable d’encore plus de responsabilités à assumer, encore plus de corvées à accomplir, encore plus de charge mentale, et encore moins de temps à consacrer à son art. Picasso a mis la pression sur Françoise Gilot pour qu’elle lui « donne » des enfants. A coups de remarques répétées d’un sexisme cro-magnonesque: 

« Ce dont vous avez besoin, c’est d’un enfant. Cela vous raménera à la nature » (parce que l’art l’en éloignait trop:  pour qui se prenait cette jeune sotte avec sa peinture ? Les femmes ne doivent jamais oublier que leur fonction principale est de procréer).

« Vous ne pourrez savoir ce qu’est être une femme tant que vous n’aurez pas eu d’enfants. Je sais tout cela mieux que vous, et je vous assure que vous serez complètement transformée… Obéissez moi ».

 Jacqueline Lamba constate après la naissance de sa fille Aube: « quand on a un enfant et un homme dans sa vie, on ne peut pas peindre ». Elle observe que sa maternité la diminue encore plus comme artiste aux yeux de Breton: « allaiter signifiait pour lui s’éloigner irrémédiablement du monde des idées et de l’art » souligne Alicia Dujovne.

Leonora Carrington, après la naissance de ses deux fils, note que « cela laisse très peu de temps pour autre chose ». Et elle engagera une nanny à plein temps pour pouvoir continuer à peindre: au Mexique où elle vivait alors, les services d’une femme pauvre ne coûtaient presque rien. Oui, « women can have it all »: mariage, maternité, job, carrière. A condition de payer des femmes des classes « inférieures » pour prendre en charge leurs tâches d’épouse et de mère que les hommes se refusent obstinément à partager.

Aussi: ne pas s’intéresser à son travail, ne pas la soutenir dans sa démarche artistique, adopter une attitude condescendante voire méprisante envers sa peinture, assimilée à un simple hobby de peintre du dimanche, une sorte d’ouvrage de dames: pour Breton, Jacqueline Lamba faisait joujou avec la peinture, Picasso ne cachait pas son peu d’estime pour la peinture de Dora Maar.

Ne jamais référer à elle ou la présenter par rapport à sa profession, mais uniquement comme « femme de… ». Ou si vous êtes poète comme Breton, naïade, fée ou déesse. Ne jamais lui donner ses titres, citer ses diplômes, ses expositions, ses livres (aux Etats-Unis, j’avais remarqué que les hommes ayant décroché un Doctorat étaient introduits socialement comme « Docteur X » mais que les femmes ayant atteint le même niveau d’études étaient simplement annoncées comme « Madame X »). 

 La valoriser exclusivement pour sa beauté, de façon à ce qu’elle la considère comme son seul atout et mise tout sur elle pour faire son chemin dans la vie. Et cesse d’étudier, de peindre, d’écrire: à quoi bon puisqu’elle n’intéressera que par son physique? Jacqueline Lamba a dit lucidement: « si j’avais été moins belle, j’aurais été meilleur peintre ».

Et ainsi miner sa confiance en elle en tant qu’artiste, la faire douter de son talent et de sa vocation, et de la nécessité même d’avoir un domaine d’activité qui lui soit propre et une identité distincte de celle de son mari.

Et finalement l’amener ainsi à abandonner son art, son travail, ses ambitions, son autonomie, à accepter de ne plus être que muse et femme au foyer, totalement à la merci de son partenaire, entièrement « domestiquée », sans autre identité que celle de « femme de… ».  

CONCLUSION

L’art de Picasso m’a toujours inspiré un sentiment de révulsion. On n’a pas besoin de lire des biographies de l’artiste pour percevoir la violence, la destructivité qui l’habite: figures humaines, souvent féminines, découpées, démantibulées, déchiquetées, torturées. Lui-même est parfaitement conscient de la nature foncièrement destructrice de sa peinture:  » Un tableau est une  somme de destructions… La réalité doit être transpercée dans tous les sens du mot ».

Vraies paroles d’amateur de corrida, où l’obsession phallique du transpercement, de la pénétration s’exprime clairement.

Un art dont la hideur provocante et revendiquée (« plus ce que je peins est laid, plus ça leur plait ») produit une impression d’angoisse, d’agression, de violation: au moins, Picasso joue cartes sur table et ses tableaux ne cachent rien des pulsions sadiques et mortifères de l’auteur.

Pourtant, dans le petit monde parisien où tout  le monde savait que cet homme nourrissait son ego et son art de la destruction émotionnelle des femmes, le « grand artiste » était l’objet d’une vénération voire d’une prosternation servile.

Il était aussi une figure glorieuse et respectée du Parti communiste, une publicité vivante pour ce mouvement, contribuant ainsi à y attirer des sympathisants et à faire passer plus largement son message politique. Comment un parti dont la vocation proclamée était de défendre les opprimés a-t-il pu ainsi rester indifférent à l’extrême cruauté du personnage envers les femmes? Réponse: dans la théorie marxiste, l’opprimé est essentiellement conçu comme de sexe masculin,  l’oppression des femmes par les hommes  n’existe pas, les seuls oppresseurs reconnus sont les capitalistes.

Et certains dirigeants–bien sûr exclusivement masculins–du PCF d’alors n’étaient sans doute pas si différents de Picasso pour ce qui est de leurs comportements avec les femmes (Jacques Doriot par exemple, grande gueule, coureur de jupons et amateur de prostituées, dont la vision réactionnaire des femmes est devenue parfaitement explicite dans le programme du parti fasciste (Parti Populaire Français) qu’il a fondé après avoir renié le communisme).

Surtout, qu’un homme aussi moralement abject que Picasso, qui coche toutes les cases du pervers narcissique, ait été adulé comme un Dieu vivant par les élites de son époque  jette une lumière crue sur l’inversion complète des valeurs qui caractérise les sociétés patriarcales.

En patriarcat, les femmes sont sommées de s’enthousiasmer pour des oeuvres artistiques exclusivement masculines où elles sont représentées comme des objets sexuels, entièrement définies, possédées, emprisonnées par le « male gaze », rabaissées, défigurées, violées, torturées.

Les femmes n’ont  pas à continuer à valider ce label  de « grand artiste » décerné à des hommes par des jurys entièrement masculins ni à admirer les innombrables représentations de leur dégradation qui constituent la plus grande partie des oeuvres exposées dans les musées.

Face à ce monopole de la vision masculine dans les oeuvres d’art consacrées, on peut suivre le conseil d’Alice Coffin: se désintoxiquer, suspendre notre exposition à cet art où la misogynie est d’autant plus susceptible d’être internalisée qu’elle se cache sous le masque de la culture et de la beauté, et pour ça, ne plus lire des livres ou regarder des tableaux produits par des hommes–au moins temporairement.

On peut aussi–et c’est peut-être encore mieux– réévaluer cet art surévalué, déconstruire ses scénarisations misogynes, mettre en évidence ses biais sexistes, souligner son conformisme, sa prédictabilité, sa violence symbolique, le fait qu’il soit asservi aux fantasmes et aux intérêts des dominants, le démystifier enfin, pour que l’obligation faite aux femmes de participer à ces concerts d’admiration grotesques cesse de faire consensus.

Saine entreprise de déboulonnage de statues qu’un féminisme radical cohérent ne peut éviter. Et en parallèle, réévaluer les oeuvres des femmes peintres hors de tout biais sexiste, les faire redécouvrir ou mieux connaître, les exposer.

Ce qui permettrait de réaliser que rien ne justifie, sur la seule base de la qualité des oeuvres, l’obscurité et l’oubli dans lequel elles ont été laissées– ni l’idolatrie et l’exposition muséale massive réservées aux productions des « grands artistes » masculins. 

BIBLIOGRAPHIE

Mark Polizotto, « Revolution of the Mind, The Life of André Breton », New York, Black Widow Press, 2009.

Joanna Moorhead, « The Surealist Life of Leonora Carrington », 

 Françoise Gilot, « Vivre avec Picasso », Paris, Calmann -Lévy, 1965.

Alain Vircondelet, « L’exil est vaste mais c’est l’été, le roman de Dora et Picasso », Paris, Fayard, 2019.

Alicia Dujovne Ortiz, « Dora Maar, prisonnière du regard », Paris, Grasset, 2003.

VOUS AVEZ DIT DYSPHORIE,

La dysphorie de genre est-elle une identité? Ou est-ce que ça ne serait pas plutôt (hormis les cas d’origine génétique) une réaction parfaitement normale et même saine face à l’artificialité et à l’arbitraire des critères qui définissent le genre? Rappelons d’abord que le genre est l’ensemble des comportements  jugés socialement appropriés pour chaque sexe. Si un homme ou une femme ne se reconnait pas dans les stéréotypes rigides et contraignants qui définissent l’identité masculine ou féminine dans sa culture, est-ce que le problème vient de lui/elle (une incapacité psychologique à se conformer à ces stéréotypes, aka « un cerveau de femme dans un corps d’homme », ou vice-versa)–ou de l’absurdité des stéréotypes eux-mêmes?

 Car ces stéréotypes sont généralement arbitraires et varient considérablement en fonction des cultures et des époques: rappelons par exemple que ce qui est considéré par la société occidentale actuelle comme « genré féminin »–avoir les cheveux longs, porter des talons hauts et du maquillage–était considéré en France au XVIIème comme parfaitement viril: les hommes de la noblesse, et parmi eux des guerriers fameux pour leurs exploits militaires, portaient des perruques longues, des talons hauts (de couleur rouge, d’où l’expression « talons rouges » désignant les aristocrates) et du maquillage. Dans la culture Masaï, les hommes sont vus comme le « beau sexe », ils portent plus d’ornements et de bijoux que les femmes et ils prennent grand soin de leurs longues chevelures, symbole de leur puissance virile, alors que les femmes ont la tête rasée. Et pourquoi le pantalon est-il genré masculin et la robe genrée féminin dans les pays occidentaux—alors que le sarouel était le costume traditionnel des femmes en Perse et en Afrique du Nord, et que dans ces mêmes régions, les hommes portaient de longues robes flottantes? On pourrait multiplier de tels exemples. 

Mais peu importe que ces stéréotypes soient illogiques et contradictoires: les identités de genre sont d’abord des instruments idéologiques dont la fonction principale est de réguler strictement l’organisation patriarcale de la hiérarchie des sexes. Et c’est le contenu conceptuel même de ces identités de genres qui construit l’inégalité homme-femme; certains traits de caractère et conduites–(force, autorité, audace, compétitivité, prise de risques, intérêt pour le sport, les voitures,  etc.)– sont assignés aux hommes et associés à la domination, et d’autres –(faiblesse,  passivité, soumission, désir de plaire, intérêt pour la mode, etc.)– sont censés caractériser le féminin et associés à la soumission : en tant qu’elles véhiculent une « valence différentielle des sexes », les définitions de genre sont en soi hiérarchisantes. Comme le dit la féministe radicale Sheila Jeffreys, « la masculinité est le comportement de la classe dominante des mâles et la féminité est le comportement de la classe subordonnée des femmes ».  

Et pour la lisibilité de cette hiérarchie, et pour éviter toute confusion risquant de la perturber, la catégorie de genre femme doit être aussi différenciée que possible de la catégorie homme. Les identités de genre sont ainsi définies de façon à majorer cette différenciation, quitte à aboutir à une prolifération de différences parfaitement absurdes: pourquoi est-il indispensable que de nombreux produits d’usage courant soient genrés roses ou bleus? Il y a des dentifrices, kleenex, cotons-tige, savons, tasses déclinés en  »pour hommes » et « pour femmes », et même des piles électriques et des poubelles! Donc au final, peu importe ce qui est caractérisé comme féminin ou masculin–qui peut permuter d’une catégorie à l’autre selon les cultures et les époques– l’important est qu’il y ait de la différence entre les deux, et que cette différence soit maximale. 

Comme telles, les identités de genre sont des carcans qui réduisent à un schéma binaire artificiel socialement imposé la vaste diversité des options disponibles–dont le choix ne devrait être qu’une question de goûts et d’inclinations individuelles. Ne pas aimer le foot si on est un garçon, laisser pousser ses cheveux ou vouloir porter des robes, où est le problème? Pourquoi devrait-il être nécessaire de changer de genre, voire de se mutiler, pour pouvoir le faire sans être montré du doigt?

Avec des amies radfems, nous avons en commun de ne jamais avoir été attirées par ce qui est proposé aux femmes comme centres d’intérêt féminins: mode, beauté, mags féminins, romans Harlequin, enfants, couple etc. Et ados nous préférions vivre en pantalon et baskets, sans maquillage, grimper aux arbres–on nous appelait « garçons manqués » à l’époque. Si nous étions enfant actuellement, et vu notre peu d’intérêt pour les activités dites « féminines », on nous appellerait « dysphorique ». Il est fréquent qu’on soit dysphorique à l’adolescence–et c’est plutôt normal: on se retrouve dans un corps nouveau, alors qu’on n’a rien demandé, avec pour les filles des seins, des fesses qui attirent beaucoup trop les regards masculins, le harcèlement et les agressions, et ça peut être très perturbant. Et l’arrivée des règles, une corvée à gérer. Ce corps nouveau, on n’en a pas le mode d’emploi, et ça peut être mal vécu de devoir l’assumer. A la puberté, moi et mes amies n’ont aimé ni avoir des seins, ni avoir des règles, et nous avons détesté susciter les regards lubriques des hommes. Pour tout cela, et pour les limites à notre liberté que nos parents et la société nous imposaient parce que nous étions des filles, ça ne nous plaisait pas de « devenir femme »–et nous étions envieuses des garçons à qui tout était permis. Mais nous n’avions pas pour autant envie de « devenir garçon »: il y avait trop de choses que nous détestions chez les hommes–leur agressivité, leur grossièreté– pour avoir envie de devenir comme eux. Ce n’est pas parce que la définition patriarcale de la féminité n’intéresse pas certaines femmes  qu’elles désirent l’échanger pour la définition patriarcale de la masculinité–ni que ce soit la solution à  leur dysphorie. 

Parce qu’en plus d’être arbitraires et absurdes, ces identités de genre nous sont assignées de force, depuis la naissance, sans tenir compte de nos inclinations personnelles: comment s’étonner alors que de nombreuses personnes s’y sentent mal à l’aise et veuillent en changer?  Et si on les abolissait enfin, comme le veulent les féministes, il ne serait plus nécessaire de changer de genre pour pouvoir s’habiller avec les vêtements qui vous plaisent, pratiquer les activités qui vous branchent, et se libérer de ce mal-être,.En fait, en changeant de genre, on ne s’en libère pas: on remplace juste un carcan identitaire par un autre, il s’agit toujours de performer des stéréotypes sexistes. Et vouloir changer de genre implique nécessairement qu’on accepte l’existence du genre et des normes conventionnelles qui le définissent:  le transgenderisme ne peut donc pas être considéré comme une démarche transgressive mais au contraire comme une recherche de conformité, et son erreur théorique fondamentale est de présenter comme la solution ce qui est le problème. 

Face au  succès de cette mode du transgenderisme, et vu qu’elle repose sur la validation de ce schéma binaire et sur la fétichisation des stéréotypes  essentialistes qui le sous-tendent, on se pose des questions. Pourquoi tant d’hommes (et moins de femmes) qui disent ressentir cette impossibilité à s’identifier au genre qui leur est assigné choisissent-ils de se bourrer d’hormones et de se faire amputer chirurgicalement de certaines parties de leur corps plutôt que de se définir simplement comme « genderfluid » et « non-binaire »? 

Ce qui se passe dans certains pays (comme l’Iran https://www.bbc.com/news/magazine-29832690) ou dans certaines communautés  fondamentalistes où l’homophobie est une norme religieuse et culturelle apporte des éclairages intéressants sur cette question: toute fluidité identitaire, toute liberté revendiquée d’évoluer hors des schémas genrés socialement imposés y est stigmatisée–il ne doit y avoir que deux genres, et chacun.e doit impérativement s’enrégimenter dans l’un ou dans l’autre. Les gays, vus comme « efféminés », y sont fortement « incités » par la pression sociale à transitionner en femme, et les lesbiennes à intégrer la catégorie homme. Rien d’intermédiaire, aucune variation, combinaison ou troisième voie n’est acceptable: ordnung muss sein!  

Un tel projet relève manifestement d’une volonté sociale et politique d’imposition d’un ordre rigoureusement genré: il est jugé inacceptable que des femmes et des hommes refusent de se laisser enfermer dans l’une de ces deux cases, s ‘écartent de la définition culturellement validée du masculin et du féminin et entendent bien puiser à leur gré et à la carte les éléments qui leur conviennent dans l’une ou l’autre de ces offres. Dans les pays occidentaux où il y a maintenant des pressions à transitionner exercées sur les « non-conformes » dès la puberté  (en particulier par des parents affolés de voir leur petit garçon jouer avec des poupées), on peut se demander si ce n’est pas le même souci de restauration de l’ordre genré qui est à l’oeuvre.  Cette injonction sociale à la conformité genrée faite aux dissident.es qui prétendent s’en affranchir, et en particulier aux homosexuel.les, s’apparente à une véritable police du genre dont l’objectif rejoint celui des thérapies de conversion encore imposées aux gays dans certains pays. C’est en soi une violence, et cela ne peut en aucun cas–et malgré l’aveuglement de certaines féministes « inclusives »– être considéré comme une cause féministe, ou même progressiste.

La farouche indépendance virile, l’autonomie orgueilleusement revendiquée qui définit la masculinité, il faut y regarder de plus près.Deux cas intéressants: l’écrivain américain Henry David Thoreau, considéré comme un précurseur de l’écologie. Dans son livre « Walden ou la vie dans les bois », il raconte comment il a décidé de quitter la ville de Concord (Massachusets) d’où il était originaire et où il habitait, pour aller s’installer près de l’étang de Walden, dans une cabane de 13m2, vivant en solitaire dans les bois, en contact direct avec la nature, cultivant ses légumes, cueuillant des fruits et des noix, en autarcie complète.Parce qu’il rejetait les préjugés et l’étroitesse d’esprit des habitants de sa petite ville totalement absorbés dans leurs mesquines préoccupations quotidiennes, se méfiait de la tyrannie de l’Etat, ne s’identifiait pas aux objectifs consuméristes et matérialistes déjà présents dans la société américaine de l’époque et dénonçait l’esclavage du travail. Il voulait être solitaire et autonome pour pouvoir être libre.Ca c’est ce qu’il raconte dans son livre.Mais en fait de solitude, Thoreau recevait à Walden de nombreuses visites d’amis et d’admirateurs, et se rendait tous les jours à pied à Concord, ce qui ne lui prenait que 20 minutes, pour échanger des potins sur la vie locale. L’étang de Walden était loin d’être solitaire: à la belle saison, il y avait des nageurs, des canoteurs et des pécheurs, et des patineurs en hiver. Et surtout il rentrait presque tous les jours chez sa mère à Concord qui lui préparait de la nourriture, lui raccommodait ses vêtements et lavait son linge: https://blog.bookstellyouwhy.com/six-facts-about-henry….Comme Rousseau qui a été une de ses inspirations, Thoreau a présenté dans ses livres une image idéalisée de lui même–parfaitement autosuffisant, capable de survivre seul dans des conditions primitives grâce à son ingéniosité et à sa capacité de résistance, n’ayant besoin de personne, ne comptant que sur lui-même pour satisfaire à ses besoins vitaux.En fait, c’est une inversion patriarcale: de même que Rousseau vivait avec une femme, domestique et mère, qui le libérait des soucis matériels et lui permettait d’écrire des pages sublimes sur la liberté, droit inaliénable de l’homme (au sens d’individu de sexe masculin), Thoreau avait derrière lui le soutien logistique d’une femme, mère et domestique, qui lui permettait, comme l’ont écrit certains critiques « de jouer à l’Indien dans les bois » et de refuser de devenir adulte.Quand des auteurs masculins parlent de (leur)liberté, celle-ci repose toujours sur l’asservissement d’une ou plusieurs femmes. Comme l’avait souligné Nietzsche, le surhomme ne peut exister sans esclaves, l’homme patriarcal non plus. Autre grand écrivain américain, Jack Kerouac, auteur du livre « Sur la route » qui a inspiré les désirs d’émancipation de générations d’adolescent.es américain.es (Bob Dylan entre autres) et été la bible des mouvements beatnik et hippie. Canadien français (et Breton) d’origine, sa famille s’installe aux Etats-Unis. Après quelques petits boulots vite abandonnés, Kerouac rencontre plusieurs personnages hors normes (les futurs écrivains Allan Ginsberg et William Burroughs, le légendaire Neal Cassady) qui stimulent son désir de se libérer des étouffantes conventions sociales de l’Amérique très conservatrice des années 50.Cassady est passionné de voitures et de vitesse, avec lui et sa bande de copains allumés, Kerouac va sillonner l’Amérique de part en part sur les grandes routes qui la traversent. En stop, en voiture, en bus Greyhound. Ouverts à toutes les rencontres, à toutes les expériences–drogues, sexe, alcool, prostituées. De New York à la Virginie, Louisiane, Californie, Colorado, Illinois, Mexique, etc. Bouger sans arrêt, ne jamais s’arrêter, ne jamais être prisonnier d’aucun lieu ni de personne, être sans attaches, sans responsabilités, libres comme le vent. Son livre « Sur la route », ont écrit des critiques, est « une ode aux grands espaces américains, à la découverte de mondes nouveaux », à la liberté.Sauf que… C’est sa mère, qu’il surnommait « mémère », qui lui a donné l’argent pour acheter des tickets de bus et payer l’essence des voitures. Et quand il ne sillonnait pas les grands espaces, la figure emblématique du rebelle de la littérature américaine habitait chez sa mère, et c’est là où il a écrit tous ses livres. https://ophersworld.com/…/jack-kerouac-catholicism-and…/ Derrière chaque « grand homme », « grand écrivain », « grand artiste », il y a une/des femmes exploitées, « maternisées », parasitées. Ils n’ont pu réaliser leur grande oeuvre que parce ils avaient à leur disposition des servantes féminines loyales et dévouées–épouses, mères, domestiques–pour laver leurs chaussettes. Et les nourrir émotionnellement. »

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LES FEMINISTES SONT-ELLES MISANDRES?

Je vois passer régulièrement sur mon mur des déclarations telles que « les féministes ne sont pas contre les hommes, elles sont contre le sexisme », acompagnées, comme si ces postantes craignaient que ça ne soit pas assez clair, de protestations insistantes: « non, les féministes ne sont pas misandres! » 

Ces protestations insistantes sont profondément déprimantes aux yeux des féministes radicales. 

D’abord, comment est-il possible que des féministes soient incapables de discerner l’illogisme quasi-oxymorique d’énoncés tels que: « nous ne sommes pas contre les hommes, nous sommes contre le sexisme »? 

Comment se fait-il qu’elles  ne perçoivent pas l’absurdité de cette phrase, alors que le non-sens de l’affirmation: « nous ne sommes pas contre les fascistes, nous sommes contre le fascisme » leur sauterait aux yeux? 

Quelle est la catégorie d’humains responsable de l’élaboration et de la propagation des préjugés sexistes, et surtout à laquelle de ces catégories bénéficient ces préjugés? Aux femmes ou aux hommes? 

Car si les femmes véhiculent ces préjugés, il faut rappeler que ce n’est qu’à leur détriment, et dans la mesure où elles  ont elles-mêmes si totalement intériorisé la normalité de la domination masculine qu’elles ont adopté le point de vue de ceux qui les oppriment (male identified) jusqu’à légitimer leur propre oppression. 

Le sexisme n’est pas un problème purement culturel–la conséquence d’un « manque d’éducation » à l’égalité chez les hommes, la reproduction irréfléchie de traditions séculaires aberrantes– c’est l’instrument essentiel d’un projet politique –la masculinité hégémonique–en ce qu’il le met en oeuvre concrètement, sous la forme de  toutes sortes de discours et de pratiques sociales qui ont pour point commun de maintenir une relation inégalitaire entre les sexes et de favoriser systématique les intérêts masculins.

Majoritairement, ceux qui  mettent en oeuvre cette praxis inégalitaire, ce sont les hommes.

C’est affligeant de devoir énoncer de tels truismes, mais il n’y a pas plus de sexisme sans sexistes que de racisme sans racistes ou de fascisme sans fascistes: dans la lutte militante, on ne peut pas séparer une idéologie de ceux qui la théorisent, l’interprètent et la diffusent. on ne peut donc pas combattre le racisme ou le sexisme sans s’en prendre aux  racistes ou aux sexistes.

Mais pourquoi cette distinction faite avec tant d’instance entre hommes et sexisme par les non-radfems? Quel est le message codé dont elle est porteuse?

Signaler que l’on est contre le sexisme, pas contre les hommes, pour celles qui jugent indispensable de répéter constamment ce mantra, c’est faire savoir que oui, elles sont féministes, mais qu’en aucun cas, le fait qu’elles soient féministes ne pourra compromettre leur relation avec les hommes, qui est posée implicitement comme non-négociable et prioritaire.

A chaque fois qu’elles s’affirment féministes, il est donc indispensable à leurs yeux de poser tout de suite après un autre énoncé qui corrige le tir, annule en quelque sorte le premier et dont le but est de rassurer les hommes: « non, vous n’avez rien à craindre de nous, notre féminisme n’aura aucune conséquence désagréable pour vous, il ne changera rien à notre relation, »; et qu’ils sachent bien surtout qu’elles ne veulent ni les blesser ni les offenser.

Donc implicitement, elles leur assurent que leur féminisme  sera toujours limité à ce qu’ils voudront bien leur autoriser, et qu’elles ne feront rien qui puisse susciter leur désapprobation. Le « féminisme qui va trop loin », c’est-à-dire celui qui choque et dérange les hommes, ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles, elles le refusent a priori. Elles attestent ainsi que leur féminisme ne veut rien changer d’essentiel dans les rapports homme-femme, qu’il ne remettra pas en cause la domination masculine elle-même–et garantissent ainsi sa quasi-totale inefficacité,  

L’autre message envoyé aux hommes, c’est: « vous aurez beau nous fémicider, nous violer, nous harceler, nous exploiter, nous discriminer, nous prostituer, nous pornifier, nous n’éprouvons et n’éprouverons jamais aucune rancune tenace, aucun ressentiment inexpiable, aucune colère inapaisable envers vous. Quoique vous puissiez nous faire, nous supprimerons notre rage, refoulerons notre désir de vengeance, nous serons toujours gentilles, patientes et pédogiques avec vous, nous dépenserons éventuellement des trésors d’énergie pour vous changer –mais nous ne vous rejeterons jamais et nous continuerons  loyalement à vous aimer, à vous soigner et à vous servir ».

C’est ce que précise encore plus clairement le « les féministes ne sont pas misandres » qui est un engagement explicite à toujours respecter cette règle patriarcale essentielle qui interdit aux femmes de détester les hommes (alors que la misogynie est intrinsèque à la virilité traditionnelle et normative dans les cultures patriarcales), et les contraint à les aimer. Car les femmes sont la seule catégorie opprimée à qui il est interdit de ressentir de l’animosité envers leurs oppresseurs –ni les Juifs, ni les colonisés ni les esclaves n’étaient sommés d’aimer leurs bourreaux. Sous sa forme collective, le syndrome de Stockholm est spécifique à la classe des femmes.

  Ce genre d’énoncé désole les radfems parce qu’il exprime une demande affligeante d’approbation masculine, une profonde insécurité affective, la peur panique chez ces femmes qu’un féminisme trop intransigeant fasse fuir les hommes, la hantise d’être abandonnée et rejetée par eux si elles sortent du cadre que le patriarcat leur prescrit, de se retrouver seules car étiquetées comme rebelles et anti-mâles, donc incasables, et vouées à finir leur vie avec leurs chats. 

Si ces femmes tiennent absolument à rester dans les codes patriarcaux de la féminité, c’est parce que leur identité est centrée sur une définition d’elles-mêmes fondée sur leur lien avec les hommes, lien impliquant une dépendance affective et matérielle telle qu’elles ne peuvent absolument pas laisser le féminisme le mettre en danger.

Etre féministe mais s’interdire de vexer ou fâcher les hommes, ou de nuire à leurs intérêts d’aucune façon, et poser a priori le maintien du lien avec eux  comme non-négociable, c’est s’enferrer dans une contradiction interne majeure: vous reconnaissez implicitement que le périmètre de réflexion et d’action de votre féminisme sera déterminé par l’approbation masculine, ce qui est la définition même du libfem.

Plus grave encore, cette peur panique d’être accusée de misandrie augmente l’exposition de celles qu’elle domine aux violences masculines: du fait qu’elles s’interdisent d’éprouver des sentiments négatifs pour les hommes et en conséquence refusent par principe de rompre leurs liens avec eux même s’ils leur sont toxiques, il leur sera particulièrement difficile se libérer de l’emprise d’individus dangereux–on sait que de nombreuses femmes battues sont incapables de détester les hommes qui leur font du mal, ce qui est pourtant une réaction d’auto-protection normale. Socialiser les femmes à aimer inconditionnellement les hommes, c’est les priver de la capacité psychologique de se protéger contre leurs agressions et les préparer à leur statut de victimes. On peut dénoncer la misandrie comme abusivement généralisatrice et réductrice–mais elle présente cet avantage indiscutable pour les femmes: en ce qu’elle les incite à se méfier des hommes et à les fuir, elle est protectrice, en particulier pour celles qui ont un parcours de vie jalonné de violences.

Certain.es objecteront que c’est mettre tous les hommes dans le même panier, ce qui est injuste pour les « hommes bien ». Si les femmes et féministes misandres mettent tous les hommes dans le même panier, ce n’est pas parce qu’elles refusent d’admettre qu’il existe des « hommes bien », respectueux des femmes, voire alliés actifs du féminisme (elles le savent, et nous le savons toutes), c’est parce qu’il n’existe à ce jour aucun moyen infaillible de distinguer avec certitude les hommes dangereux des « hommes bien ». Face à cette impossibilité potentiellement mortelle de faire le tri (la majorité des 87 000 femmes annuellement victimes de féminicide dans le monde pensaient sans doute initialement avoir épousé des « hommes bien »), la misandrie a le mérite d’éliminer tous les risques: pas de contacts avec les hommes, pas d’agressions.

Il n’est absolument pas indispensable d’être misandre pour être féministe, mais cela n’est pas interdit non plus–parce que le droit légitime à être misandre des femmes multitraumatisées par les violences masculines doit être respecté: face à l’impuissance (ou au manque de volonté politique) des pouvoirs publics et de la société à réduire les violences envers les femmes, leur misandrie est le seul moyen à peu près efficace qu’elles aient trouvé pour se protéger,–et c’est une autre violence patriarcale que de leur refuser.

EXTRAITS DE « WOMEN, THE LAST COLONY », de Maria Mies

Quelques extraits de ce livre, essentiel parce qu’il met parfaitement en lumière la base matérialiste de l’oppression des femmes: l’appropriation de leur travail non rémunéré, reproductif, et domestique, et de leur sexualité. Et le fait qu’en conséquence, le capitalisme ne pouvant se permettre de salarier cet indispensable travail féminin non rémunéré, il ne peut exister indépendamment du patriarcat.

« Jusqu’ici, les seules productrices d’êtres humains sont les femmes et leur utérus. Jusqu’ici, les hommes, et spécifiquement les capitalistes, à leur grand regret, ont été incapables de se libérer de leur dépendance à l’utérus. (à titre de compensation, ils ont créé Dieu, l’Entrepreneur, l’Homme). Et puisque, jusqu’ici, il n’y a eu aucun substitut pour remplacer l’utérus, les femmes, en tant que porteuses d’utérus, sont devenues le premier peuple sur lequel les hommes ont dû établir leur contrôle–et sera le dernier que les hommes renonceront à contrôler. Les hommes en général (et les capitalistes en particulier) ne peuvent pas abandonner leur contrôle sur la procréation, parce que c’est le processus de production le plus important, celui qui produit le plus important des moyens de production, la force de travail. En fait la capacité de produire des enfants n’a probablement jamais joué un rôle aussi central dans l’histoire que sous notre système actuel. Parce qu’aucun autre système n’a été aussi dépendant d’une massive destruction de la nature et de la force de travail humaine… Le capital est insatiable: il veut tout ce que la nature peut offrir, et il veut infiniment plus. »

« Les femmes et les peuples assujettis sont traités comme s’ils n’appartenaient pas à la société proprement dite, telle que constituée de travailleurs salariés masculins et de capitalistes. En réalité, ils sont traités comme des moyens de production ou des « ressources naturelles » telle que l’eau, l’air et la terre. La logique économique derrière cette colonisation est que les femmes (en tant que « moyens de production » de la production d’êtres humains), sont des biens qui ne peuvent absolument pas être produits par le capitalisme. Le contrôle sur les femmes et sur la terre est par conséquent le fondement de tout système d’exploitation. Comme il est capital de posséder ces « moyens de production », la relation avec eux est donc essentiellement l’appropriation: les femmes et les colonies sont appropriés comme « ressources naturelles »….Le concept de nature, qui est apparu avec le développement du capitalisme, était basé sur une définition économique de la nature: tout ce qui ne coûte rien, c’est à dire qu’on peut librement s’approprier sans limite a été défini comme « nature ». Cela incluait alors les femmes, la terre, l’eau, les autres « ressources naturelles », et les peuples colonisés et leurs terres.Et le moyen omniprésent pour maintenir cette relation d’appropriation est la violence…. Tout comme la « naturalisation » des colonies n’a pas été obtenue par des moyens pacifiques mais a été basée sur l’usage à grande échelle de la violence et de la coercition, le processus de domestication des femmes européennes (et plus tard nord-américaines) n’a pas été pacifique ni idyllique. Les femmes n’ont pas volontairement remis le contrôle de leur propre productivité, de leur sexualité et de leurs capacités reproductives à leur maris et à l’église et à l’Etat. C’est seulement après des siècles d’attaques extrêmement brutales contre leur autonomie sexuelle et productive que les femmes européennes sont devenues des « femmes au foyer » domestiquées et dépendantes: la chasse aux sorcières en Europe est le pendant des raids esclavagistes en Afrique. »

Vous n’aurez pas la paix

Le blog de Christine Delphy

Ni vous, ni nous, n’aurons la paix tant que vous, Christophe Girard, n’aurez pas démissionné de tous vos mandats électifs.

Vous avez suffisamment fait de mal dans votre fonction d’élu, depuis près de vingt ans, et votre mise en retrait du poste d’adjoint à la Culture de la maire de Paris ne nous fait pas oublier que vous gardez votre confortable mandat de conseiller de Paris.

Après les révélations dans la presse internationale et nationale concernant votre soutien à Gabriel Matzneff, notamment (pour ce qui nous concerne ici) après votre entrée en fonction à l’Hôtel de Ville, en qualité de maire adjoint et de maire d’arrondissement, il est impensable que vous continuiez à exercer un mandat au nom des Parisiennes et des Parisiens.

Voir l’article original 786 mots de plus

Peut-être, ce dont le féminisme a besoin, C’EST D’EXCLUSION, PAS D’INCLUSION

 

                                    PAR JOCELYN MACDONALD

A une époque où l’inclusion est devenue une priorité essentielle du féminisme, une idée fondatrice est tombée particulièrement en défaveur : le séparatisme. La simple accusation de ne pas être intersectionnelle (position qui est en fait impérative mais est souvent mal appliquée par les mêmes progressistes qui en appellent à l’inclusivité) suffit pour faire annuler les événements, et fermer les espaces et les organisations qui centrent les femmes. L’idée du séparatisme, même chez de nombreuses féministes, évoque les redoutables féministes de la Seconde vague aux aisselles poilues qui épèlent « women » avec un y, ou ces gouines imbaisables avec leur coupe « boule à zéro » (LOL). Vous verrez que le séparatisme est interdit chaque fois que n’importe quel groupe de femmes essaie d’organiser n’importe quoi, immanquablement. « Cet événement est pour toutes les personnes marginalisées par le patriarcat » diront les progressistes. Merci, mais tout le monde est marginalisé par le patriarcat d’une façon ou d’une autre.

Les féministes libérales et les hommes progressistes ont manqué un épisode : le féminisme consiste à se séparer d’un système qui maintient les femmes subordonnées aux hommes et leur prend des ressources qu’il redistribue aux hommes. La raison pour laquelle cette tactique devrait susciter notre hilarité est que notre patriarcat sait très bien que le séparatisme menace réellement la suprématie masculine. En fait, c’est le tout premier cocktail Molotov que les femmes lui balancent.

Si vous voulez vraiment savoir ce qu’il en est, lisez l’essai de Marilyn Frye « « Some Reflections on Separatism and Power ». Publié en 1997, il ne fait que 10 pages. Comme vous êtes une femme moderne, il est probable que vous lisez ceci sur votre téléphone portable, à votre travail, donc je vais-je le résumer pour vous aussi directement que possible.

Le féminisme est séparatiste

Frye explique que le féminisme est une philosophie qui n’est pas pour mais contre l’inclusion. Le paradigme dominant dit : « les hommes ont un droit sur le corps des femmes, sur le travail des femmes. Les femmes ne sont invitées à participer à la vie publique que si nous les hommes le décidons. Le féminisme dit : « non, ce n’est pas l’ordre naturel ou inévitable de la vie sur cette planète. Nous ne voulons pas participer à votre grande fête de l’hégémonie capitaliste impérialiste».

Le séparatisme masculin, c’est la norme des espaces de la vie quotidienne—le manspreading dans les trains, les sifflements dans l’espace public—jusqu’aux lieux suprêmes du pouvoir (faible représentation des femmes dans les gouvernements et dans l’industrie). Cela signifie que le séparatisme féministe est une rébellion—les femmes se retirent des institutions, des relations, des rôles et des activités qui sont définies par les hommes, au bénéfice des hommes et pour la préservation du privilège masculin.

Et voilà ce qui est vraiment important : cette séparation est initiée ou maintenue par les femmes à volonté. Il ne s’agit pas de prêcher pour une île de lesbiennes coupées pour l’éternité de la moitié de l’espèce humaine (ok, je ne serais pas contre, mais je dois admettre que ce n’est pas très pratique). Cela signifie plutôt que nous décidons quand le mur est élevé et pour combien de temps, et qui peut franchir la porte et qui reste dehors.

Les hommes sont des parasites

Ce qui risquerait d’attirer le plus d’ennuis à Frye aujourd’hui, c’est l’affirmation que la relation entre les hommes et les femmes est parasitique. La sagesse patriarcale dit que la femme est subordonnée à l’homme parce qu’il la protège et l’entretient. Mais les femmes ont toujours subvenu à leurs besoins matériels—en fait, si les hommes nous protègent et nous entretiennent, c’est dans la mesure où les structures du patriarcat sont organisées de telle façon qu’elles rendent difficile pour les femmes de subvenir à leur propre entretien.

Différentes études concernant le bonheur des couples hétérosexuels montrent que les hommes dans ces relations sont significativement plus heureux et en meilleure santé que les célibataires, tandis que l’inverse est vrai pour les femmes. Quand elles sont en couple avec des hommes, les femmes rapportent davantage de dépressions, une moins bonne santé et moins de stabilité que les hommes avec lesquels elles sont associées.

C’est très impopulaire de dire ça, vu que la plupart d’entre nous ont dans notre vie des hommes que nous aimons, que nous souhaiterions appeler nos « alliés féministes », en plus d’être aussi nos frères, nos pères, nos maris, nos copains. Le fait est cependant que le privilège masculin fait des hommes des voleurs de notre énergie mentale, spirituelle et physique, ou comme le disent certaines de mes sœurs préférées, de notre gynergie. Parfois, on a juste besoin de faire une pause, même avec ceux qui sont des hommes bien (#NotAllParasites).

L’accès est pouvoir

Frye l’explique ainsi :

« Les différences de pouvoir sont toujours manifestées sous la forme d’un accès asymétrique. Les super-riches ont accès à presque tout le monde, et presque personne n’a accès à eux. Les ressources de l’employé sont accessibles au patron, mais les ressources du patron ne sont pas accessibles à l’employé. Le parent a un accès inconditionnel à la chambre de l’enfant, l’enfant n’a pas un accès similaire à la chambre des parents. Le pouvoir total est un accès inconditionnel, l’impuissance totale est d’être inconditionnellement accessible. La création et la manipulation du pouvoir consiste en la création et la manipulation de l’accès ». Dans l’histoire du patriarcat, les hommes ont eu virtuellement un accès illimité au corps des femmes. Ils ont créé et préservé ça par le mariage, le refus de l’avortement, la sous-estimation du travail des femmes et d’autres dispositions trop nombreuses pour les énumérer. Quand les femmes coupent l’accès masculin à tous ces avantages, nous commençons à prendre le pouvoir, et ça rend les hommes enragés.

La définition est pouvoir

En patriarcat, les femmes sont définies comme ne pouvant pas dire non. Qu’il s’agisse de sexualité ou de nurturance et de complaisance, « la femme » est une personne qui a une capacité illimitée pour le sacrifice d’elle-même. En fait, elle n’existe que dans sa relation avec l’homme. Les hommes sont les humains par défaut, et les femmes sont leur reflet et leur ombre. Une femme qui se sépare défie cette définition.

Dans l’acte de séparation, les femmes agrandissent la notion de ce dont les femmes sont capables, de ce que nous paraissons être et de qui nous aimons. Les femmes inventent un nouveau langage, avec lequel elles se définissent elles-mêmes. Mais souvent nous ne pouvons pas changer le langage de ceux qui nous entourent. « Généralement, dit Frye, quand des femmes renégates nomment une chose d’une certaine façon et les suppôts du patriarcat d’une autre, ce sont eux qui l’emportent ». Mais même si le fait de dire quelque chose ne le fait pas exister, créer sa propre communauté crée aussi un espace pour partager son langage.

« Quand nous prenons le contrôle de l’accès sexuel aux femmes, de nos besoins matériels, de nos fonctions reproductives et de notre accès à la maternité, nous redéfinissons le mot « femme ».

Le séparatisme maintenant

Les hommes, bien entendu, sont des maîtres séparatistes. Ils refusent de faire de la place pour les femmes même dans des domaines aussi triviaux que les films et les jeux vidéos. Jetez seulement un œil à ce que les masculinistes disent sur « Mad Max Fury Road » et Gamergate. Lorsque les femmes par contre essaient de se séparer, de créer un espace pour elles, pour penser, pour se relaxer, pour guérir, pour s’organiser, pour apprendre, c’est tout l’enfer qui se déchaîne.

Les hommes terrorisent et espionnent leurs femmes même quand elles se terrent dans des refuges pour femmes battues. Elliot Rodgers a pénétré par effraction dans une sororité pour tuer des femmes parce qu’ils se sentait rejeté.

Dans 31 états américains, les violeurs peuvent poursuivre leur victime en justice pour avoir la garde de leurs enfants.

Mon bar lesbien local, le « Wild Rose », est plein de mecs hétéros qui viennent faire du tourisme à Lesboland. Cette année, il y a eu presque autant de mecs cis-hétéros qui ont participé à la marche lesbienne de Seattle que de non-binaires/queer/lesbiennes butch et femmes, ou femmes s’identifiant comme lesbiennes.

Le festival musical des femmes du Michigan n’existe plus. A son zénith, c’était le plus grand rassemblement de lesbiennes et de femmes qui aiment les femmes dans notre système solaire. Réfléchissez à ça juste une minute. Pensez à ce que l’on ressentait quand on venait de tous les coins du monde, de pays où c’est même illégal d’être lesbienne, de petites villes du Midwest où on n’a jamais vu de femme habillée en lesbienne butch (excepté dans vos rêves), d’arriver à cet endroit et de voir des femmes comme vous partout, de vous sentir en sécurité et libre d’être authentiquement vous-même. Maintenant, les féministes libérales, les masculinistes, les défenseurs des valeurs familiales et même—et c’est le plus difficile à avaler—la communauté queer se réjouissent de la destruction de ce festival (…) Cependant, les femmes et en particulier les lesbiennes ne sont toujours pas autorisées à se définir elles-mêmes, alors tout ça nous donne à nouveau envie de rire,  et nous partageons des articles de « Meninism au quotidien » (Everyday Feminism, site féministe libéral NDLT)  rappelant que le festival Michfest était mauvais et horrible.

Ce que tous les espaces séparatistes ont en commun, c’est d’être des espaces où les femmes peuvent se retirer quand elles le veulent. Elles ont toutes des raisons différentes de le faire. Elles ont toutes leur propre définition des critères de séparation, c’est-à-dire de ce que les personnes dans cet espace ont en commun. Et toujours elles sont menacées et attaquées quand elles le font, surtout par des hommes et parfois par les femmes qui les soutiennent.

Les arguments contre le séparatisme sont post-féministes. Ils prétendent que notre travail est fini et que les hommes ne sont pas responsables et complices de notre subjugation en tant que classe. Non seulement ces arguments font du mal aux femmes mais ils nuisent aussi aux hommes qui seraient nos alliés, parce qu’ils suggèrent que l’on ne peut pas refuser aux hommes l’accès aux femmes parce qu’ils sont trop fragiles. Ils suggèrent que les femmes bénéficient d’une identité purement relationnelle avec les hommes, alors que les femmes s’en sortent très bien avec leur propre identité. Pour les femmes courageuses, pour les féministes, ce qu’elles trouvent dans les forêts du Michigan, dans les demeures des Sept Sœurs, ou derrière tous les murs que les femmes ont érigés, c’est la possibilité de s’aimer elles-mêmes.

(traduit par Francine Sporenda)

Article en Anglais https://www.feministcurrent.com/2015/11/30/18995/?fbclid=IwAR3noSIF9Detsq67ZEHLTpNP2dqL3VpEOMeYfeTxH_cGqCoPHbgUrr17uJ8

 

 

MISOGYNIE, la discrimination première

Au cours de l’histoire humaine, la misogynie a été ce que l’historien de l’holocauste Daniel Goldhagen a nommé (en référence à l’antisémitisme) le « sens commun » de l’humanité. C’était un préjugé trop évident pour qu’on le remarque.

Dans différentes civilisations, à différentes époques, l’observation historique montre qu’il était considéré comme parfaitement normal pour les hommes de condamner les femmes, ou d’exprimer leur dégoût explicite envers elles simplement parce qu’elles étaient des femmes Toutes les grandes religions du monde et les philosophes les plus renommés ont vu les femmes avec mépris et une méfiance parfois proche d’un délire paranoïaque.

Durant l’âge classique, quand les femmes athéniennes étaient contraintes à rester enfermées chez elles pendant la plus grande partie de leur vie, ou vers la fin du Moyen-âge, quand les femmes étaient brûlées vives comme sorcières, ces persécutions n’étaient pas vues comme la conséquence d’un préjugé misogyne, bien que ces deux sociétés aient eu une longue tradition de dénigrement et de diabolisation des femmes. Un préjugé peut exister pendant longtemps avant qu’il ait un nom.

Aujourd’hui, dans de nombreuses parties du monde, des pratiques telles que le voile, la réclusion et l’excision sont toujours acceptées comme le sens commun de la société.

Selon le Humphrey Institute of Public Affairs, les femmes détiennent moins de 1% des propriétés dans le monde, l’UNICEF rapporte que, sur les 120 millions d’enfants dans le monde qui ne sont pas scolarisés, la vaste majorité sont des filles. En Inde, pratiquement tous les foetus avortés sont de sexe féminin.

Ce que l’histoire nous enseigne sur la misogynie, c’est qu’elle est omniprésente, persistante, pernicieuse et multiforme. Bien avant que les hommes aient inventé la roue, ils ont inventé la misogynie, et aujourd’hui, alors que des engins inventés par l’être humain roulent sur la planète Mars, cette invention immémoriale détruit encore des vies.

Aucun autre préjugé n’a été aussi durable, aucune « race » n’a souffert de traitements aussi préjudiciables pendant une période aussi longue, aucun groupe d’individus n’a subi autant de discriminations à une échelle aussi globale.

Aucun autre préjugé ne s’est manifesté sous des formes aussi différentes, apparaissant parfois avec la sanction de la société sous la forme de discriminations sociales et politiques, et parfois se manifestant dans le cerveau tourmenté de psychopathes. Et très peu ont été aussi destructeurs.

Dans le cas de la misogynie, si nous avons été si longtemps incapables de la voir, c’est parce qu’elle était partout sous nos yeux. »

Pour illustrer cette affirmation, l’auteur évoque le cas d’un serial killer (de femmes bien sûr, les serial killers ne tuent habituellement que des femmes, et ce sont presque toujours des hommes). Cet homme, Gary Ridgeway, a tué 48 femmes en 20 ans, surtout des femmes prostituées.

S’il avait tué des Juifs ou des Afro-Américains, ses meurtres auraient été identifiés comme racistes, « on aurait discuté l’état des relations inter-raciales aux Etats-Unis. Mais les actions de tueurs de masse comme Ridgeway ou Jack l’éventreur sont habituellement vues comme relevant de la psychiatrie.
Leur besoin de tuer des femmes est vu comme une aberration individuelle–alors qu’il est simplement l’intensification d’un préjugé commun. »

(« A Brief History of Misogyny », Jack Holland; traduction Francine Sporenda)

L’HETEROSEXUALITE, « naturelle » ou construite?

Voilà des extraits d’un texte de la féministe radicale Sheila Jeffreys sur la non-naturalité de l’hétérosexualité. Bien évidemment, cette déconstruction de l’hétérosexualité n’implique en aucun cas que les femmes hétérosexuelles doivent être attaquées ou stigmatisées par les féministes.

Etre soumise peut être ressenti comme sexuel

Il n’y a pas de plaisir sexuel « naturel » Ce qui donne aux hommes et aux femmes des sensations sexuelles est construit à partir de la relation de pouvoir entre les hommes et les femmes, et ça peut être changé. Dans le « sexe », la différence entre hommes et femmes, censée être si « naturelle », est en fait créée. Dans le « sexe », les catégories « hommes–personnes avec le pouvoir politique–, et « femmes » –personnes appartenant à la catégorie subordonnée– sont exprimées charnellement.

Et le sexe n’est pas non plus une affaire privée. Dans la pensée masculine libérale, le sexe a été repoussé dans la sphère privée, et considéré comme le domaine de la liberté individuelle où les personnes peuvent exprimer leurs désirs et leurs fantasmes. Mais la chambre à coucher est très loin d’être privée, c’est une arène où la relation de pouvoir entre hommes et femmes se joue d’une façon particulièrement révélatrice. La liberté dans ce domaine est généralement la liberté des hommes de se réaliser sur et dans le corps des femmes.

Les ressentis sexuels sont appris et peuvent être désappris. La construction de la sexualité autour de la domination et de la soumission est censée être « naturelle » et inévitable, parce que les hommes apprennent à utiliser le symbole de leur appartenance à la classe dominante, le pénis, en relation avec le vagin de façon à assurer le statut subordonné des femmes. Nos sentiments et nos pratiques sexuelles ne sont pas séparables de cette réalité politique. Et je suggère que c’est l’ affirmation de cette relation de pouvoir, de cette distinction hiérarchisée entre les sexes par le biais de comportements de domination et de soumission, qui est centrale à la sexualité et crée l’excitation et la tension qui lui sont généralement associées dans le système de suprématie masculine.

Depuis les années 70, les théoriciennes féministes et des chercheuses ont révélé l’étendue des violences sexuelles, et comment l’expérience et la peur de cette violence limitent la vie des femmes et leurs opportunités. Les violences sexuelles sur les enfants empêchent les femmes de développer des relations fortes et aimantes avec leur propre corps et avec les autres femmes, et minent leur confiance en leur capacité à agir sur le monde.

L’effet cumulatif de ces violences crée la peur qui pousse les femmes à limiter leur déplacements et leurs actions, à vérifier si il y a quelqu’un sur le siège arrière de la voiture, fermer leur porte à clé, porter des vêtements « safe », fermer les rideaux… Face à cette réalité quotidienne de la vie des femmes , la notion qu’un orgasme (hétérosexuel), dans n’importe quelles circonstances, peut supprimer ces peurs et ces vulnérabilités accumulées est sans doute le plus cruel bobard du pseudoféminisme.

La violence masculine n’est pas l’oeuvre d’individus psychotiques mais le produit de la construction normale de la sexualité masculine dans des sociétés comme l’Australie et les Etats-Unis actuellement–en tant que pratique qui définit leur statut supérieur et subordonne les femmes. Si nous voulons sérieusement mettre fin à cette violence, nous ne pouvons pas accepter cette construction (de la masculinité) comme le modèle de ce qu’est vraiment « la sexualité ».

Le plaisir sexuel (hétérosexuel) pour les femmes est aussi une construction politique. La sexualité des femmes, comme celle des hommes, a été forgée sur le modèle dominant/dominé, comme un moyen de satisfaire et d’être au service de la sexualité construite par et pour les hommes. Alors que les hommes et les garçons ont été encouragés à diriger toute leurs émotions sexuelles vers l’objectification de l’autre et sont récompensés par le plaisir qu’ils retirent de la domination, les femmes ont appris leurs émotions sexuelles dans une situation de domination. Les femmes sont entraînées (à la sexualité) par l’abus sexuel, le harcèlement sexuel et des rencontres précoces avec des garçons et des hommes dans un rôle sexuel qui est essentiellement réactif et soumis. Nous apprenons nos émotions sexuelles dans des familles patriarcales dans lesquelles nous n’avons pas de pouvoir, entourées par des images de femmes-objets dans la publicité et les films.

Le formidable livre de Dee Graham « Loving to Survive » de 1994 voit la féminité et l’hétérosexualité comme des symptômes de ce qu’elle appelle « syndrome de Stockholm sociétal »… Le syndrome de Stockholm se développe chez des personnes qui craignent pour leur vie mais dépendent de ceux qui les tiennent captives. Si le geôlier montre un peu de compassion, aussi minime qu’elle soit, un otage va se lier à lui au point de le protéger et d’adopter son point de vue sur le monde. Dee Graham définit la violence que les femmes expérimentent quotidiennement comme du « terrorisme sexuel ».

Parce que la sexualité des femmes se développe dans ce contexte de terrorisme sexuel, on peut érotiser notre peur, notre lien terrifié (avec les hommes). L’excitation sexuelle et l’orgasme ne sont pas nécessairement positifs. Les femmes peuvent ressentir un orgasme quand elles sont sexuellement agressées étant jeunes, ou dans le viol et la prostitution…

Dans les magazines féminins et même féministes, la sexualité proposée apparaît comme séparée du statut subordonné des femmes dans la vie réelle et de leur expérience de la violence sexuelle et n’offre aucune possibilité de déconstruire et de reconstruire ni la sexualité des hommes ni celle des femmes. Le SM et les scénarios de fantasmes, par exemple, dans lesquels les femmes cherchent une perte d’elles-mêmes, sont souvent utilisés par des femmes qui ont été agressées sexuellement. L’excitation orgasmique ressentie dans ces scénarios ne peut pas être ressentie dans ces corps féminins si ils restent ancrés et conscients de ce qu’ils sont vraiment. L’orgasme de l’inégalité, loin d’encourager les femmes à créer une sexualité compatible avec la liberté recherchée par les féministes, ne récompense les femmes qu’avec un « plaisir » qui est le résultat d’une dissociation…

La poursuite de l’orgasme lié à l’oppression fonctionne comme un nouvel « opium des masses »… Une sexualité égalitaire, correspondant à notre poursuite de la liberté, reste encore à créer si nous voulons affranchir les femmes de leur assujettissement sexuel.

La capacité des femmes à érotiser leur subordination et à prendre plaisir à leur propre dégradation, à celle des autres femmes et à un statut d’objet sexuel pose un sérieux obstacle. Aussi longtemps que les femmes ont un enjeu dans le système sexuel tel qu’il est, aussi longtemps qu’elles en dérivent leur jouissance, pourquoi voudraient-elles le changer?

Je suggère qu’il n’est pas possible d’imaginer un monde dans lequel les femmes sont libres en même temps qu’elles défendent une sexualité basée précisément sur leur absence de liberté…. Seule une sexualité de liberté et notre capacité à imaginer et à travailler en vue d’une telle sexualité rend la liberté des femmes pensable ».

Sheila Jeffreys, « How Orgasm Politics Has Hijacked the Women’s Movement ».

Sheila Jeffreys est professeure de sciences sociales et politiques à l’université de Melbourne.

VIOL ET RECIDIVE: la théorie du prédateur

Je reposte ci-dessous un de mes articles,  déjà ancien mais malheureusement toujours d’actualité,  sur des études établissant qu’environ 2/3 des violeurs sont multirécidivistes:

 NOUVEL ECLAIRAGE SUR LES AUTEURS DE VIOL

Le viol par inconnu reste le paradigme du viol, celui que l’opinion publique reconnaît sans hésitation comme tel, mais il n’est pas la norme. Comme les féministes le savent, le viol par personne de connaissance est le plus répandu (environ les 2/3 du nombre total de viols déclarés). La perception de la réalité du viol est obscurcie par un certain nombre de mythes et ce n’est que récemment que des recherches ont commencé à modifier notre compréhension des auteurs des viols les plus fréquents, à savoir les viols par personne de connaissance, et de la façon dont ils procèdent pour commettre leurs crimes. Les travaux de David Lisak, professeur de psychologie à l’université de Massachusetts, et d’autres travaux similaires apportent un nouvel éclairage sur la question.

En substance, la « théorie du prédateur » issue du résultat de ces recherches pose que les viols par personne de connaissance sont commis par un pourcentage relativement peu élevé de récidivistes qui passent inaperçus de la population, chacun d’entre eux faisant plusieurs victimes, et que ces violeurs sélectionnent leurs victimes sur la base du fait qu’ils pourront commettre ces viols sans être détectés et sans que cela entraîne de conséquences significatives pour eux. De ce fait, pour vaincre la résistance de leurs victimes, ils préfèrent avoir recours à l’alcool ou à d’autres moyens incapacitants, et évitent de recourir à la force ou ne l’utilisent que minimalement.

Cet article est basé sur deux études récentes ; la première est celle de David Lisak et Paul M. Miller qui s’intitule « Viol répété et criminalité multiple chez les violeurs non détectés » (Repeat Rape and Multiple Offending Among Undetected Rapists) ; elle a été publiée dans la revue « Violence and Victims » en 2002. La seconde étude a été réalisée par Stephanie K. McWhorter et al ; intitulée « Rapport sur la perpétration du viol par des membres du personnel de la Marine récemment engagés » (Reports of Rape Perpetration by Recently Enlisted Navy Personel), elle a été publiée dans la même revue en 2009. Ces deux études sont à l’heure actuelle les meilleures existant sur le sujet des violeurs non détectés, dont on sait qu’ils constituent la vaste majorité des auteurs de viol (grosso modo, en France, seulement environ un viol sur 10 fait l’objet d’une plainte et seulement environ 1 plainte pour viol sur 10 aboutit à une condamnation judiciaire). Ces auteurs de viol ni incarcérés ni arrêtés sont jusqu’à présent « restés sous le radar » et on disposait de très peu de données sur eux.

L’ÉTUDE LISAK ET MILLER

Lisak et Miller, dans leur recherche, ont cherché à répondre à deux questions :
Est-ce qu’un nombre important de violeurs non détectés violent plus d’une fois ?
Est-ce que ces récidivistes non détectés commettent aussi d’autres formes de violence interpersonnelle, comme c’est le cas pour les violeurs incarcérés ? Leur étude a porté sur un échantillon de 1 882 étudiants d’universités américaines (niveau college) ; l’âge moyen des membres de cet échantillon était de 26,5 ans (ils étaient donc un peu plus âgés qu’une population étudiante normale), et le groupe était ethniquement diversifié. Lisak et Miller ont posé à ce groupe 4 questions visant à établir s’ils avaient commis des viols ou des tentatives de viol sans jamais utiliser le mot viol dans leurs questions. En effet, l’usage explicite de ce mot, en tant qu’il connote une stigmatisation morale et sociale, aurait risqué d’entraîner une sous-déclaration des faits de la part des étudiants interrogés. Ces questions étaient les suivantes :

1) Vous êtes vous jamais trouvé dans une situation dans laquelle vous avez essayé d’avoir des relations sexuelles avec une femme adulte en utilisant ou en menaçant d’utiliser votre force physique (lui tordre les bras, l’empêcher de bouger etc.) si elle ne coopérait pas ?

2) Avez-vous jamais eu des rapports sexuels avec une personne, bien que cette personne soit non consentante, parce qu’elle était trop intoxiquée (alcool ou autre substance) pour résister à vos avances ?

3) Avez-vous jamais eu des rapports sexuels avec une femme contre sa volonté parce que vous avez utilisé, ou menacé d’utiliser, votre force physique si elle ne coopérait pas ?

4) Avez-vous jamais pratiqué une fellation ou un cunnilingus avec une femme contre sa volonté parce que vous avez utilisé, ou menacé d’utiliser, votre force physique si elle ne coopérait pas ?

Sur les 1 882 étudiants, 120 ont admis qu’ils avaient commis un/des viols ou tentatives de viol, soit un peu plus de 6% du total. Selon Lisak et Miller, ce chiffre est probablement inférieur à la réalité car les données disponibles sur les auteurs de viols détectés mettent en évidence qu’ils sous-déclarent le nombre de leurs viols.

L’information vraiment nouvelle est celle qui fait apparaître comment ces violeurs se répartissent. Parmi ces 120 violeurs, 44 ont déclaré avoir commis un seul viol ; les 76 restant étaient des récidivistes. Ces 76 hommes, soit 63% des violeurs, ont commis un total de 439 viols ou tentatives, soit une moyenne de 5,8 viols par individu. Certains des violeurs étaient même des super-récidivistes, puisque 4% d’entre eux étaient responsables de 400 viols ou tentatives.

Le modus operandi de ces violeurs révèle aussi que la plus grande partie de ces viols diffèrent de ce qui est reconnu par la justice et l’opinion publique comme étant un « vrai viol ». De ces 120 violeurs qui se reconnaissent comme tels, seulement 30% ont rapporté avoir utilisé la force ou les menaces, tandis que les 70% restant disent avoir violé des victimes incapacitées car en état d’intoxication, la proportion étant à peu près identique pour les 44 violeurs qui ont reconnu un seul viol et les 76 qui en ont reconnu plusieurs.

Lisak et Miller ont trouvé que les violeurs récidivistes étaient aussi responsables d’une gamme étendue d’autres actes de violence, incluant voies de fait sur leur compagne et maltraitances d’enfants. Leurs questions portaient sur des actes tels que gifler ou étrangler une partenaire de vie, battre ou molester sexuellement un enfant, ainsi que sur des formes d’agression sexuelle autres que le viol. Les 76 violeurs récidivistes, soit 4% de l’échantillon total étudié, étaient responsables de 28% des violences commises par les participants à cette étude : les presque 1 900 hommes interrogés rapportaient un total d’environ 4 000 actes de violence. Les super-récidivistes signalés plus haut, soit 4% des sujets interrogés, étaient à eux seuls responsables de plus de 1 000 de ces actes de violence, soit à peu près 25% du total.

Les conclusions à tirer sur la base de ces constatations sont que le viol n’est pas un problème isolé car les récidivistes non seulement commettent un pourcentage considérable du total des viols mais sont aussi responsable d’une proportion très importante des violences conjugales et sur enfants. En d’autres termes : si ces super-récidivistes disparaissaient de la société, les violences envers les femmes et les enfants diminueraient de façon spectaculaire.

L’ÉTUDE McWHORTER

Stephanie McWhorter et ses collaborateurs ont terminé en 2009 une étude qui a abouti à des résultats pratiquement identiques à ceux de Lisak et Miller à partir d’une population différente. L’auteur a étudié 1 146 jeunes hommes s’étant récemment engagé dans la Marine américaine, leur posant des questions sur leur comportement depuis l’âge de 14 ans. Les participants à cette étude étaient plus jeunes que ceux de Lisak et Miller et leur âge moyen était de 20 ans, avec un âge maximum de 34 ans, comme il était prévisible pour des engagés. L’étude était longitudinale, c’est-à-dire qu’elle s’est déroulée sur l’ensemble de leur période de service dans la Marine. La méthodologie utilisée dans cette étude est celle du « Sexual Experiences Survey », un questionnaire standard sur les pratiques sexuelles utilisé par les chercheurs depuis plus de 20 ans.

Sur ces 1 146 participants, 144, soit 13%, ont admis avoir commis un ou plusieurs viols/tentatives de viol, ce qui est un pourcentage nettement plus élevé que les participants de Lisak et Miller. Par contre, les deux études se rejoignent sur le fait que 71% des violeurs ayant commis un viol ou tentative ont reconnu qu’ils en avaient commis plusieurs, chiffre assez proche des 63% de Lisak et Miller. Les 96 hommes qui ont reconnu plusieurs viols en ont commis 6,36 chacun, pas très loin de la moyenne de 5,8 viols par récidiviste trouvée par Lisak et Miller. Du total des 865 viols ou tentatives reconnus par les hommes ayant participé à l’étude, 95% de ces viols ont été commis par seulement 96 hommes, soit 8,4% de l’échantillon total.

Les découvertes de McWhorter sur le modus operandi de ces violeurs confirment aussi celles de Lisak et Miller : 61% des agressions ont été commises sur des victimes en état d’intoxication, 23% par la force, 16% les deux. Curieusement, le nombre des viols par force passe de 34% avant l’engagement à 45% après l’entrée dans la Navy.

L’étude de McWhorter indique aussi que les violeurs commencent jeune : une proportion significative de l’échantillon (40%) disent avoir commencé à violer entre 14 ans et l’âge de leur entrée dans la Marine (qui se situe souvent vers 18 ans) tandis que 60% des violeurs ont déclaré que leur premier viol avait eu lieu après l’âge de 18 ans, l’âge moyen auquel se produit le premier viol se situant entre 16 et 18 ans. Les violeurs qui reconnaissaient avoir attaqué des femmes inconnues représentaient moins du 1/4 de la totalité des violeurs.

Plus de 90% disaient cibler le plus souvent des femmes de connaissance et 75% ont déclaré ne viser que des femmes de connaissance ; seuls 7% des violeurs ont déclaré ne viser que des femmes inconnues. Et surtout McWhorter écrit : « des hommes qui n’utilisent que la force, aucun n’a reconnu avoir violé une femme qu’il ne connaissait pas ». Le viol stéréotypique, caractérisé par un homme attaquant une inconnue en utilisant la force, n’a été rapporté par aucun des participants.   Les participants qui n’ont déclaré n’utiliser que la force ont aussi dit ne violer que des femmes de connaissance, tandis que les hommes qui rapportent ne viser que des femmes inconnues ont dit n’utiliser que des substances intoxicantes pour parvenir à leurs fins.

Autrement dit, le « bon viol », le viol par force et par inconnu, seul type de viol considéré comme certain et avéré par l’opinion publique et l’institution judiciaire et justifiant de ce fait une pénalisation maximum, est un viol qui (d’après ces études) n’existe pas. Ce qui fait que la plus grande partie des viols ne correspondant pas à ce type ne sont pas identifiés comme tels, et donc échappent à la justice. On peut même supposer que si la justice cible des viols imaginaires, c’est justement pour ne pas avoir à punir la masse des viols réels. Ces découvertes pourraient expliquer pourquoi la plupart des viols déclarés par les participants n’ont jamais été détectés. Les travaux de Lisak vont au-delà de la simple identification de la prévalence d’un certain type de violeurs et de leurs méthodes, ils apportent aussi des lumières sur qui sont ces hommes et fournissent des détails importants sur leur mode d’opération. Dans un article intitulé « Comprendre la nature prédatrice de la violence sociale » (Understanding the Predatory Nature of Social Violence), Lisak met en évidence que de nombreux facteurs motivationnels identifiés chez les violeurs incarcérés sont aussi présents chez les violeurs non détectés. Comparés aux hommes qui ne violent pas, ces violeurs non détectés éprouvent plus de colère envers les femmes, ils sont habités par un plus grand désir de les dominer et de les contrôler, ils sont plus impulsifs et désinhibés dans leurs comportements, plus hyper-virils dans leurs croyances et leurs conceptions, moins empathiques et plus antisociaux. Les hommes avec des vues rigides sur les rôles de genre et animés de ressentiment envers les femmes sont sur-représentés parmi les violeurs.

Ce qui ne surprendra pas les lecteurs/trices féministes, mais c’est une importante confirmation : les hommes qui semblent haïr les femmes généralement les haïssent vraiment. Si leurs propos indiquent qu’ils n’aiment pas ou ne respectent pas les femmes et les voient comme des obstacles à surmonter ou à vaincre, ils disent la vérité. C’est ce qu’ils pensent, et ils se comporteront de façon abusive avec celles-ci s’ils ont la possibilité de le faire sans être pris. La différence majeure entre les violeurs incarcérés et ceux qui ne le sont pas est que les premiers ne se limitent pas à des tactiques de viol ne comportant pas de risques. Dans leur écrasante majorité, les violeurs non détectés n’utilisent pas la force, tablent sur l’incapacitation de leurs victimes par l’alcool ou tout autre moyen non violent et violent des personnes qu’ils connaissent. Ils créent des situations de viol où ils savent que la culture les protège en trouvant des raisons de les excuser et/ou en refusant d’entendre leurs victimes, voire en accusant celles-ci. Les violeurs incarcérés sont ceux des violeurs qui utilisent des tactiques que la société reconnaît comme viol et pour lesquelles elle est moins disposée à trouver des excuses.

Autrement dit, c’est le mode d’opération qui permet aux violeurs non détectés de ne pas l’être : ils identifient correctement une méthodologie qui les place sous la protection de la « culture d’excuse du viol » et ils échappent généralement à toute condamnation parce que leur viol ne correspond pas au scénario typique ; en fait il est peu probable qu’ils soient jamais arrêtés parce que leur viol ne se prête pas à des « convictions faciles », et il est rare que les victimes les dénoncent parce qu’elles savent bien que les tactiques utilisées par ces violeurs ne leur laissent que peu de chances de faire reconnaître comme tel le viol qu’elles ont subi. Ces violeurs cherchent sciemment à placer leur victime dans une position où elle est si intoxiquée, effrayée, intimidée, isolée ou sans espoir d’échapper à son agresseur qu’elle ne parvient même pas à exprimer clairement son refus. Et parce que la culture dominante refuse souvent d’identifier ces tactiques pour ce qu’elles sont, non seulement les coupables nient qu’ils aient jamais commis un viol mais même les victimes sont incapables de nommer ce qu’elles ont subi.

Lisak décrit les caractéristiques des méthodes de ces auteurs de viol, qu’il a identifiées sur la base d’interviews réalisées avec des violeurs non détectés sur une durée d’environ vingt ans.

-ils excellent à identifier des victimes potentielles et à tester les limites de ces victimes

-ils planifient et préméditent leurs agressions en utilisant des stratégies sophistiquées pour « préparer » ces victimes en vue de l’agression, pour les surprendre, les isoler physiquement etc.

-ils utilisent des formes de violence « instrumentales » (visant un but précis) et rarement gratuites

– ils manifestent un fort contrôle de leurs impulsions et n’utilisent généralement que le degré de violence nécessaire pour terrifier leur victime et la contraindre à se soumettre

– ils utilisent des armes psychologiques (autorité, contrôle, manipulation, menaces) appuyées par la force physique et n’utilisent qu’exceptionnellement des armes telles que couteau ou revolver

-ils utilisent délibérément l’alcool pour rendre les victimes vulnérables ou inconscientes

Ces résultats sont en conflit avec la vue du viol par étudiant communément admise sur les campus : typiquement commis une seule fois par un jeune homme convenable qui, s’il ne s’était pas laissé entraîner par ses pulsions sous l’emprise de l’alcool, et s’il n’y avait pas eu manque de communication avec sa partenaire, n’aurait jamais fait « une chose pareille ». La réalité est moins bénigne et les études font apparaître que la majorité des viols sont commis par des « serial rapists » (violeurs en série) qui sont des prédateurs violents. Les recherches de Lisak et Miller infirment en particulier un texte récent écrit par un avocat et professeur de droit, Peter Lake, qui présente les auteurs de viol comme de braves garçons qui ont fait une bêtise. Sa conclusion est que ces braves garçons ont simplement fait une erreur de jeunesse et qu’ils rentrent habituellement dans le rang à condition de ne pas être punis lourdement par la justice et envoyés en prison. Lisak et Miller considèrent ces vues comme angélistes et pensent que le viol devrait être traité moins comme un mauvais comportement à rééduquer et davantage comme un crime : « clairement, ces individus n’ont pas simplement besoin d’un peu plus d’éducation sur ce que doit être la communication entre les sexes. Ce sont des prédateurs. »

Le choix des « lieux de chasse » fait aussi partie des tactiques de ces prédateurs : ils trouvent généralement leurs victimes dans un bar, une boîte ou une party. Ils repèrent les femmes qui leur paraissent les plus vulnérables, les plus naïves et les plus ivres, ou ils les font boire ou leur font prendre une drogue. Le lieutenant Brandy Norris, policier dans un commissariat sur un campus, qui a enquêté sur de tels cas déclare : « ils sélectionnent les femmes les plus ivres ». D’un de ces « serial rapists », Elton Yarbrough, qui a violé 5 femmes, Norris déclare « qu’il était assez intelligent pour savoir qu’il n’avait pas besoin de se cacher dans les buissons et de saisir une fille au passage ». Ces femmes étaient toutes des amies, l’une d’elles était une amie d’enfance, il les connaissait bien, elles étaient à l’aise avec lui, elles n’avaient pas peur de boire avec lui car elles lui faisaient confiance. Il était très difficile pour les victimes d’identifier un vieil ami comme étant un violeur ; de plus, comme elles avaient trop bu, elles se sentaient coupables et savaient que l’opinion publique les jugerait responsables de leur viol à cause de leur état d’ébriété. Attitude typique chez les auteurs de viol sur personne intoxiquée, Yarbrough utilisait son propre état d’ivresse comme une excuse : « quand vous combinez beaucoup d’alcool et beaucoup de parties, vous allez avoir beaucoup de sexe ». Dans les viols par personne connue, c’est seulement les scénarios conventionnels socialement reconnus comme viols qui sont identifiés comme tels, si même ils le sont.

La conclusion de ces chercheurs est que ces « serial rapists » ne sont pas réhabilitables. Plutôt que de faire porter les efforts de la société sur leur réhabilitation, il serait plus efficace d’éduquer les gens sur la réalité du viol tel qu’il existe réellement derrière les mythes, leur apprendre à identifier ces violeurs pour intervenir dans des situations à haut risque, à écouter ce que disent les femmes, à ne pas se boucher les oreilles, à ne pas être dans le déni, à cesser de défendre les violeurs et de leur trouver des excuses. Refuser de voir que des hommes qui ont commis plusieurs viols en commettront probablement d’autres, c’est tout simplement les couvrir et donc encourager de nouveaux passages à l’acte de leur part.

Francine Sporenda

Etude Lisak et Miller https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/11991158?fbclid=IwAR1omdoGao3yJLrtiN0mlCDIepByjXjZQT7hghGc2fQy6iYjeEyatPniOTU

Etude McWhorter https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19459400?fbclid=IwAR1RHy7CV4iZsxNRFtYdOmR05ivyxApiwRH_rJxkK2WnqRVyy-sRKV5D4ak